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Un atelier crucial pour l’adaptation climatique agricole

Le 18 septembre, la salle de conférence du ministère de l’Environnement vrombissait d’échanges. Autour de la table, chercheurs, agronomes, chefs de village et agents du Programme alimentaire mondial validaient les résultats d’une étude inédite sur la vulnérabilité des cultures au Congo-Brazzaville.

Commandée au Centre africain d’études et de recherche pour le développement, l’enquête ausculte trois départements emblématiques : Likouala, Sangha et Bouenza. Objectif : mesurer l’exposition climatique, puis repérer les savoirs endogènes capables de protéger soja, manioc, arachide, maïs et banane.

« Nous voulons une feuille de route construite par et pour les communautés », rappelle Estelle Mikiema, chargée de programme climat au PAM. Les participants valident une approche mi-scientifique, mi-traditionnelle, qui place l’agriculteur congolais au cœur de la solution.

Portrait climatique des trois départements congolais

La Likouala, immense patchwork de marais et de forêts, subit une variabilité hydrique extrême : crues soudaines, épisodes secs prolongés. Sans appui technique, les rendements chutent. Pourtant, bouturage sélectif de manioc et cultures sur billons y ont déjà prouvé leur efficacité.

Plus au nord-ouest, la Sangha dispose d’atouts agricoles et forestiers notables. Son handicap ? L’isolement. Les pistes se ferment dès les premières pluies, compliquant l’acheminement des semences améliorées. Les anciens pallient en pratiquant des associations de cultures qui amortissent les chocs climatiques.

La Bouenza, grenier du pays, bénéficie d’un accès routier vers Brazzaville et Pointe-Noire. Diversité des sols, marchés proches, pratiques agropastorales variées : autant de forces qui expliquent une résilience jugée « forte » par le rapport. Le défi reste la diffusion équitable des innovations.

L’or vert des savoirs endogènes

Le diagnostic recense des gestes millénaires : calendrier lunaire pour les semis de banane, paillage de feuilles de teck contre l’évaporation, micro-parcelles surélevées pour échapper aux inondations. Autant de trésors transmis oralement que la recherche souhaite désormais documenter.

« Ces connaissances ont permis à nos aïeux de prospérer, elles nous serviront encore », affirme Olga Rosine Ossombi Mayela, directrice générale du développement durable. Le ministère mise sur la complémentarité entre savoir empirique et données météorologiques pour anticiper les aléas.

L’étude plaide pour des investissements ciblés : petits barrages collinaires, semences tolérantes à la sécheresse, formation d’agro-paysans relais. En filigrane, un message simple : sans appropriation locale, aucune technologie ne tiendra à long terme.

La voix des actrices et acteurs du terrain

À Impfondo, Joséphine Ekoulou cultive le manioc sur une île sableuse de l’Oubangui. Elle enrobe les boutures dans une argile riche en fer pour éviter la pourriture. « Mon père l’a appris de son grand-père », sourit-elle, fière de voir sa technique citée dans le rapport.

Dans un verger de Madingou, André Mbemba teste un compost à base de cabosses de cacao et de cendre de termitière. Les bananiers résistent mieux aux canicules précoces. Il espère maintenant un micro-crédit afin d’agrandir sa parcelle pilote.

Ces témoignages rappellent que l’innovation ne vient pas toujours des laboratoires. Elle germe aussi dans les champs, au croisement de l’instinct paysan et de l’observation quotidienne de la nature.

Comment y aller

Depuis Brazzaville, la RN2 dessert la Bouenza en cinq heures de route sèche. Pour la Sangha et la Likouala, l’avion reste la voie la plus fiable jusqu’à Ouesso ou Impfondo, avant de poursuivre en pirogue ou en 4×4. La saison sèche, de juin à août, garantit des pistes praticables.

Les voyageurs désireux de visiter les sites d’étude doivent solliciter une autorisation préfectorale et s’enregistrer auprès des directions départementales de l’Agriculture. Des guides communautaires proposent des circuits agro-écotouristiques qui financent directement les coopératives locales.

Apporter son propre filtre à eau, privilégier des hébergements labellisés verts et compenser ses émissions carbone via des programmes certifiés font partie des bonnes pratiques encouragées par les ONG partenaires.

À savoir

Le manioc couvre près de 60 % des surfaces vivrières nationales et reste la première source de calories dans les trois départements ciblés. Sa résilience dépend de variétés à cycle court, capables d’échapper aux pics de chaleur.

Le soja, introduit massivement depuis dix ans, offre un potentiel protéique reconnu. Toutefois, il exige un drainage soigné dans les zones inondables de Likouala. Les savoirs endogènes aboutissent à des buttes drainantes de 30 cm, simples et efficaces.

Les semences améliorées distribuées par le PAM atteignent désormais 4 000 foyers. Le suivi participatif, assuré par des comités de village, permet de réajuster rapidement les pratiques quand les pluies dévient des normales saisonnières.

Impact & solutions

Le rapport conclut que chaque franc investi dans la formation aux savoirs endogènes génère jusqu’à trois francs de valeur agricole supplémentaire. Un ratio qui séduit les partenaires techniques et financiers.

Le ministère annonce la création prochaine d’un fonds d’appui à la résilience communautaire. Il ciblera prioritairement la modernisation des infrastructures post-récolte afin de réduire les pertes estimées à 15 %.

Pour Estelle Mikiema, « la réussite dépendra de la capacité de tous à garder le regard tourné vers les paysans ». Entre rationalité scientifique et sagesse ancestrale, le Congo fait le pari d’une agriculture capable de défier le climat et de nourrir durablement ses populations.

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