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Lancement d’un cursus pionnier sur l’eau

Les salles de cours congolaises s’apprêtent à accueillir un module jamais vu : une formation dédiée à l’adaptation climatique et à la gestion de l’eau, fruit d’une collaboration entre l’État, l’Agence française de développement et un cercle d’universitaires visionnaires.

À l’heure où les précipitations deviennent imprévisibles et les rivières plus sensibles aux pollutions, ce cursus entend armer une nouvelle génération d’étudiants pour protéger les ressources hydriques du pays, des villages forestiers jusqu’aux quartiers périphériques des grandes villes.

Un réseau d’acteurs mobilisés

Le projet a pris corps le 26 novembre lors d’un atelier intense à Brazzaville, réunissant fonctionnaires, climatologues, économistes de l’eau et partenaires au développement dans une même salle pour décortiquer le rapport d’étude préparé par le cabinet Resallience.

« Nous avons voulu coller aux réalités du terrain, pas aux manuels européens », souligne Abla Edjossan-Sossou, responsable technique de Resallience, en détaillant les milliers de questionnaires, relevés hydriques et entretiens menés de la côte atlantique jusqu’aux plateaux Batéké.

Terrain : Brazzaville et Pointe-Noire en ligne de mire

Brazzaville et Pointe-Noire ont servi de laboratoires à ciel ouvert : inondations éclairs en zone urbaine, salinisation progressive des nappes côtières, mais aussi solutions artisanales inventées par les habitants pour capter chaque millilitre de pluie.

Ces observations alimentent désormais les études de cas du futur module, offrant aux étudiants des scénarios authentiques plutôt que des exercices abstraits, afin qu’ils conçoivent des diguettes, des systèmes d’alerte ou des calendriers agricoles adaptés aux microclimats locaux.

Genre et accès à l’eau, un enjeu clé

Parmi les conclusions fortes, la question du genre arrive en tête : en zone rurale, ce sont majoritairement les femmes qui parcourent des kilomètres à la recherche d’eau potable, absorbant ainsi le choc des sécheresses et des crues successives.

Le module intégrera donc une grille d’analyse sensible au genre, avec des exercices de budgets-temps, pour que les futurs ingénieurs appréhendent la charge domestique de l’eau et proposent des pompes ou réseaux qui libèrent du temps aux communautés féminines.

Vers une certification nationale

Autre innovation annoncée par Abla Edjossan-Sossou : un système de certification, validé par un comité universitaire dirigé par le professeur Bernard M’Passi Mabiala, afin de garantir la qualité pédagogique et la reconnaissance professionnelle du nouveau diplôme.

Le label ouvrira la porte à des passerelles internationales, tout en ancrant les contenus dans le contexte congolais, a précisé le chercheur : « Nous ne voulons pas d’une couture importée ; chaque notion doit parler aux rivières de chez nous. »

Formation des formateurs : la pierre angulaire

Avant d’être diffusé dans toutes les universités, le programme passera par une étape cruciale : la formation des formateurs. Le ministère de l’Enseignement supérieur et l’AFD élaborent une stratégie pour sélectionner, rémunérer et accompagner ces futurs passeurs de savoir.

Des sessions pilotes sont envisagées à l’École normale supérieure de Kintélé. Chaque enseignant y testera les outils numériques, les maquettes interactives et les protocoles de suivi participatif des rivières, avant de les répliquer dans son université d’origine.

Comment y aller

Les voyageurs curieux pourront assister aux prochains ateliers publics, souvent annoncés à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Depuis le centre-ville, un taxi collectif mène au campus en vingt minutes, moyennant un tarif accessible.

À Pointe-Noire, les rencontres se déroulent fréquemment dans les locaux de l’Institut français du Congo, à quelques pas de la place du Centenaire et des lignes de bus urbains. L’entrée est le plus souvent libre, sur simple inscription.

À savoir

Le Congo s’est engagé à réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Mais 90 % de la population dépend encore des cours d’eau pour boire, se laver et irriguer, rendant l’adaptation prioritaire.

Selon les projections climatiques nationales, les précipitations pourraient chuter de 10 % sur la frange sud, tandis que les épisodes de pluie extrême augmenteraient dans le Nord. Le module pédagogique intègre ces deux tendances pour éviter les stratégies à courte vue.

Impact & solutions

À terme, cinq cents étudiants par an devraient suivre ce cursus, estime le ministère. Des cohortes capables de conseiller les communes, calibrer des forages ou rédiger des plans locaux d’adaptation, autant de tâches aujourd’hui confiées à des consultants étrangers.

Si le succès est au rendez-vous, le modèle pourra s’étendre à d’autres disciplines sensibles, comme la santé publique ou l’agro-écologie. Une façon de transformer progressivement les universités congolaises en véritables laboratoires du futur durable.

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