| Environnement

Belém, carrefour des grands bassins

Sous le soleil humide de Belém, la ministre congolaise Rosalie Matondo a ouvert la session parallèle de la COP30 en rappelant un fait simple : protéger les forêts revient à financer ceux qui y vivent. Son message a électrisé les délégués acclamant la plus grande tourbière tropicale.

Devant la presse, elle a brossé un tableau contrasté : d’un côté, 23,5 millions d’hectares préservés au Congo ; de l’autre, des communautés encore trop peu associées aux décisions touchant leur territoire. « Nous voulons un financement juste, direct et transparent », a-t-elle martelé.

Peuples autochtones, premiers gardiens

Les peuples autochtones et communautés locales, regroupés sous l’acronyme CLPA, couvrent 10 % de la population congolaise mais protègent 100 % des forêts communautaires. Leur savoir-faire ancestral guide la chasse durable, les pharmacopées vertes et la cartographie participative des clairières inexplorées.

Un chef Téké, Mani Mbemba, présent au sommet, résume : « Nous gardons la forêt parce qu’elle est notre maison. Sans droits clairs et sans ressources, les jeunes partent. » Son témoignage fait écho à des études liant sécurité foncière et stockage de carbone.

Une diplomatie verte assumée

Brazzaville mise sur la solidarité des grands poumons tropicaux. Après le Sommet des trois bassins de 2023, le Congo cherche à harmoniser les redditions de comptes carbone avec l’Amazonie et l’Indonésie. L’objectif : créer un marché crédible où chaque tonne préservée génère un revenu.

La refonte du code forestier, actée par la loi 33-2020, impose désormais le consentement libre, informé et préalable avant toute concession. Elle renforce aussi la transformation locale du bois, doublant la valeur ajoutée et réduisant l’empreinte carbone liée aux exportations brutes.

Boisement décennal, ambition mondiale

Portée par le Congo, la résolution A/79/L.64 de l’ONU déclare 2027-2036 Décennie pour le boisement et le reboisement. Rosalie Matondo y voit « une boussole morale » encourageant le Sahel, l’Asie du Sud-Est ou le Pacifique à copier les succès du Bassin.

Concrètement, le gouvernement vise 1 million d’hectares reboisés d’ici 2036, soutenu par la Banque mondiale et le Fonds d’investissement pour le climat. Les pépinières communautaires, déjà opérationnelles à Makoua et Sibiti, fournissent des essences locales capables de résister aux sécheresses croissantes.

Transparence financière et équité

Au-delà des promesses, la ministre réclame des guichets simplifiés. Aujourd’hui, moins de 1 % des financements climatiques internationaux atteignent directement les villages forestiers. Le futur mécanisme Tropical Forests Forever Facility veut garantir des versements annuels, proportionnels à la superficie conservée et vérifiée.

Les experts saluent l’idée mais rappellent l’exigence de vérification indépendante. Le Congo multiplie donc les drones, les stations lidar et les plateformes satellitaires pour prouver chaque hectare sauvegardé. Ces données ouvertes devraient aussi aider les chercheurs à suivre la biodiversité.

Comment y aller

Belém est reliée à Brazzaville via São Paulo et Lisbonne, avec des vols opérés par des compagnies régulières. Les délégations optent ensuite pour des bateaux rapides sur le Rio Pará afin de rejoindre le centre de conventions. Vaccins fièvre jaune et autorisation électronique brésilienne sont obligatoires.

Pour visiter les forêts congolaises, l’aéroport d’Owando sert de porte d’entrée au Parc national d’Odzala. Les voyageurs doivent réserver auprès d’opérateurs agréés et respecter la règle zéro plastique. La saison sèche, de juin à août, offre des pistes praticables et une visibilité optimale.

À savoir

La loi 33-2020 oblige désormais chaque société forestière à consacrer 15 % de son budget social aux projets communautaires, des puits d’eau aux écoles bilingues. Un comité villageois suit les dépenses et peut suspendre les opérations en cas de non-respect des engagements.

Les CLPA disposent aussi d’un siège consultatif au Conseil national climat. Cette avancée institutionnelle, saluée par la société civile, garantit que les plans de reboisement intègrent la mosaïque culturelle des Batéké, BaAka ou Mbochi, afin d’éviter les plantations monospécifiques.

Impact & solutions

Si les promesses se concrétisent, les revenus carbone pourraient financer 3 000 micro-projets d’ici 2030 : pisciculture, agroforesterie cacao-bananier et éco-tourisme guidé par les jeunes villageois. L’Institut national de recherche forestière suit déjà les indicateurs pour mesurer l’impact socio-écologique.

À Belém, la délégation congolaise a quitté la scène sous une ovation. Reste maintenant à conclure des accords chiffrés avant la session plénière. « Nous ne quémandons pas, nous offrons un service planétaire », a résumé Rosalie Matondo, transformant une revendication en invitation.

Comments are closed.