Cap sur Belém : le Congo au cœur du climat
Les rives verdoyantes du fleuve Oubangui ont cédé la place aux mangroves de la baie de Guajará. Le 5 novembre, Denis Sassou Nguesso a atterri à Belém, capitale amazonienne invitée à accueillir la 30e Conférence des Nations unies sur le changement climatique, la fameuse Cop30.
Le déplacement du chef de l’État congolais souligne l’alliance inédite entre les deux plus grands massifs forestiers tropicaux de la planète. Durant dix jours, les débats porteront sur les efforts nécessaires pour maintenir la hausse des températures sous le seuil de 1,5 °C.
Un plaidoyer venu des deux rives de l’équateur
À la tribune, le dirigeant brazzavillois prévoit de rappeler que « protéger la forêt est protéger l’humanité ». Son discours insistera sur la valeur planétaire du carbone stocké par le bassin du Congo, véritable poumon complémentaire de l’Amazonie.
Son entourage confie qu’il plaidera pour des mécanismes de rémunération basés sur les résultats, afin que les pays à faible empreinte carbone reçoivent un juste retour de leur contribution. Une manière de pousser les États industrialisés à transformer leurs promesses financières en transferts concrets.
Les peuples autochtones, sentinelles de la forêt
À Brazzaville, en mai, près de 300 représentants autochtones d’Amazonie, du Congo et du Bornéo-Mékong avaient remis une lettre au président. Ils réclamaient la reconnaissance de leur rôle de gardiens de la biodiversité et un accès direct aux futurs fonds climatiques.
Parmi eux, Marie-Josiane Mbem, porte-parole des communautés bantoues, rappelait que « nos savoirs ancestraux traquent la déforestation mieux qu’un satellite ». Selon des études de l’UN-REDD, les territoires autochtones conservent en moyenne deux fois plus de biomasse que les autres zones protégées.
Quel impact pour le bassin du Congo ?
Le bassin du Congo couvre 200 millions d’hectares, absorbe quatre milliards de tonnes de CO₂ chaque année et abrite 10 000 espèces végétales. Pourtant, moins de 1 % des financements mondiaux pour la nature y parvient, selon l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale.
Les attentes de Brazzaville sont donc multiples : sécuriser les flux REDD+, attirer la finance carbone volontaire et stimuler les partenariats scientifiques pour mieux surveiller les tourbières, ces éponges de carbone récemment découvertes en Cuvette centrale.
Financements : le temps des promesses tenues
L’accord de Paris prévoyait 100 milliards de dollars annuels d’ici 2020. La Cop29 de Bakou a repoussé l’échéance à 2025. À Belém, les négociateurs congolais veulent chiffrer un nouveau plancher, adossé à un suivi transparent, afin d’éviter l’usure diplomatique.
Plusieurs bailleurs, dont la Banque africaine de développement, discutent déjà d’un Green Fund Congo-Amazonie. L’idée serait de mutualiser les crédits carbone issus des deux bassins pour offrir des taux avantageux aux projets d’agroforesterie et aux infrastructures résilientes.
Comment y aller
Depuis Brazzaville, Air France et LATAM offrent des correspondances via Paris puis São Paulo. Un vol intérieur d’environ deux heures relie ensuite la mégapole brésilienne à Belém. Les Congolais bénéficient d’un visa touristique brésilien délivré en 72 heures, sur présentation d’une carte jaune de vaccination.
À savoir
Belém sera la première ville amazonienne à accueillir une Cop. Le site principal, le Hangar da Amazônia, borde le Rio Guamá et dispose d’une zone réservée aux pavillons indigènes. Les organisateurs attendent 45 000 participants, un record pour la région nord du Brésil.
Impact & solutions
Au Congo, la filière cacao-forêt de Sangha-Mboué illustre la transition douce vers l’agro-écologie. Les cacaoyers sont plantés sous couvert forestier, captant du carbone et offrant un revenu stable aux familles. Le projet devrait générer 200 000 crédits carbone vérifiés dès 2026.
Autre initiative, l’ONG Éco-Rive forme des pêcheurs du Pool à fabriquer des fours solaires, réduisant la pression sur le bois-énergie. Depuis 2021, 1 500 unités ont été distribuées, permettant d’économiser 12 000 tonnes de bois sec, selon un audit indépendant.



