La grande vitrine verte de Pointe-Noire
Un parfum de terre humide accueille les visiteurs sous les chapiteaux blancs dressés au bord de l’avenue Charles-de-Gaulle. Ici, 35 950 plants forestiers, fruitiers, ornementaux et médicinaux s’alignent, méticuleusement étiquetés, comme une armée verdoyante prête à conquérir le béton.
Le secrétaire général du département, Sylvestre Lempoua, a coupé le ruban d’un geste qui a déclenché l’ovation. « Nous transformons chaque graine en promesse de prospérité », a-t-il martelé, rappelant l’importance du fleuve et des forêts pour l’économie locale.
Des pousses pour un avenir résilient
Annoncée sous le thème national « Rendez-vous des mains vertes pour la réussite de la Décennie des Nations unies pour l’afforestation et le reboisement », la foire se déploie simultanément à Pointe-Noire, Ollombo et Brazzaville. Une triangulation symbolique qui relie littoral, savane et capitale.
« Il s’agit pour nous de rappeler notre devoir collectif », insiste Ildevert Madel Mounkala Mabanza, directeur du Service national de reboisement. Son regard balaie les rangées de tecks, d’acajous et de safoutiers, autant de boucliers naturels contre l’érosion côtière et la sécheresse.
Depuis 2017, la foire pousse comme les jeunes plants qu’elle célèbre. Chaque édition élargit la palette d’essences locales mises en avant, renforçant l’identité végétale du Congo-Brazzaville et alimentant la recherche agronomique en graines certifiées.
Semer l’emploi local
Derrière chaque sachet de terreau se cache une histoire d’artisanat et de formation. Les pépiniéristes d’Ignié, les horticultrices d’Oyo ou les start-up de Pointe-Noire exposent leurs innovations : sacs biodégradables, étiquetage numérique, substrats à base de fibre de coco.
« C’est l’occasion pour nos professionnels de découvrir de nouvelles techniques », souligne encore Mounkala Mabanza. Plusieurs stands proposent des micro-stages express. En trente minutes, un lycéen apprend à greffer un manguier et repart avec un certificat symbolique, véritable passeport pour les métiers verts.
Le ministère de l’Économie forestière mise sur cet engouement pour diversifier les sources d’emploi. Les organisateurs avancent le chiffre de 480 postes temporaires créés durant la manifestation, de la logistique à la médiation scientifique.
Regards d’élèves et carnets de chercheurs
Les jours d’affluence scolaire transforment les allées en véritable salle de classe à ciel ouvert. Labrousses en main, les enfants mesurent le diamètre des troncs, découvrent les bases de la dendrologie et repartent les yeux brillants, un jeune colatier sous le bras.
Dans le pavillon Recherche, des universitaires publient leurs travaux sur la germination assistée et l’adaptation des essences tropicales aux sols salinisés. Des posters colorés détaillent les bons mélanges de mycorhizes, secrets d’une reprise racinaire rapide sous climat chaud.
Un programme dense et participatif
Ateliers sur l’optimisation des pépinières, démonstrations de drones pour cartographier les parcelles, séances de compostage en direct : la foire joue la carte du didactique. Le soir, un mini-festival de musique traditionnelle maintient la convivialité et brouille les frontières entre science et culture.
Les visiteurs profitent également de visites guidées des forêts urbaines de Pointe-Noire. Ces sorties, gratuites, montrent comment le reboisement progressif transforme les friches portuaires en corridors écologiques pour les oiseaux migrateurs.
Impact & solutions
Selon le Programme national d’afforestation et de reboisement, plus de 4 millions de plants issus des précédentes éditions ont déjà été mis en terre. Les relevés de terrain indiquent un taux de survie médian de 67 %, améliorable mais prometteur pour les objectifs climatiques.
Les acteurs locaux militent pour la création d’un fonds rotatif destiné à soutenir l’entretien post-plantation. Les pourparlers avancent avec des partenaires financiers régionaux, convaincus que chaque franc investi dans une pépinière réduit les coûts futurs liés aux catastrophes naturelles.
À savoir
La foire court jusqu’au 30 novembre 2025. Les stands ouvrent de 9 h à 18 h. L’entrée est gratuite pour les moins de 15 ans et les étudiants sur présentation d’une carte en cours de validité.
Les seedlings vendus sur place disposent d’un passeport phytosanitaire délivré par le Centre national de semences forestières. Le transport inter-départements est ainsi simplifié, évitant les quarantaines coûteuses.
Comment y aller
Depuis le centre-ville de Pointe-Noire, le site principal se rejoint en vingt minutes de taxi-bus via la ligne n° 5, arrêt Stade Municipal. Les visiteurs motorisés trouveront un parking surveillé derrière le lycée Victor-Augagneur.
Des navettes gratuites circulent chaque week-end entre l’esplanade du Port autonome et les stands, encouragées par la mairie pour limiter l’empreinte carbone.
Le souffle de la Décennie verte
La Décennie des Nations unies pour l’afforestation se traduit ici en gestes concrets : arroser, transplanter, éduquer. Chaque pot échangé, chaque question posée tisse le fil d’une conscience écologique partagée au-delà des discours officiels.
Si la pluie tropicale vient parfois interrompre les animations, elle rappelle surtout la raison d’être de l’événement : protéger le cycle de l’eau et la fertilité des sols qui nourrissent la ville.
Une célébration tournée vers 2030
À l’issue de la cérémonie de clôture, les organisateurs espèrent dépasser les 50 000 plants vendus ou promis à la mise en terre collective. Le carnet de commandes des pépiniéristes se remplit déjà, signe que la demande citoyenne gagne en maturité.
« Notre ambition est simple : qu’en 2030 chaque foyer congolais ait planté au moins un arbre », conclut Lempoua sous les applaudissements. Au-delà d’une foire, Pointe-Noire cultive désormais une tradition citoyenne appelée à grandir avec ses arbres.




