Un livre-manifeste pour la planète
Paru à Paris aux Éditions Tropiques Littéraires, « Bilan vert » déploie, sur 380 pages et cinq langues, la plume analytique de l’écrivain-chercheur congolais Michel Innocent Peya. Son objet : revisiter trois décennies de COP et réveiller la conscience planétaire.
Le volume, très documenté, alterne récit, cartes et chiffres, soulignant avancées, impasses et le cap qu’esquisse la prochaine COP30 au Brésil. L’ouvrage s’affirme comme un manuel critique autant qu’un appel à l’action collective.
Diplomatie climatique : trente ans en revue
Peya dresse un bilan précis des vingt-neuf COP tenues depuis Berlin 1995. Il met en lumière l’accord de Paris, l’initiative Loss and Damage ou la percée du marché carbone, mais relève aussi la lenteur des financements promis aux pays vulnérables.
« Les COP placent chaque gouvernement devant ses responsabilités », insiste l’auteur, rappelant l’utilité du multilatéralisme face aux climatosceptiques. Selon lui, supprimer ces sommets reviendrait à « offrir un cadeau » aux pollueurs et freiner la culture citoyenne du climat.
COP30 au Brésil, carrefour des espoirs
L’ouvrage bascule ensuite vers l’avenir et détaille les dossiers qui feront l’actualité de Belém 2025 : trajectoires 1,5 °C, réforme du financement vert, rôle de l’Amazonie et alliances Sud-Sud pour la justice climatique.
Peya anticipe des négociations tendues mais fécondes. Il appelle à dépasser la paralysie géopolitique, à substituer subventions à la dette climatique et à ancrer le débat sur les principales forêts tropicales, dont le Bassin du Congo partage les enjeux avec l’Amazonie.
Il rappelle que la promesse annuelle de 100 milliards USD pour l’adaptation n’a jamais été entièrement honorée. Pour rompre ce passif, l’auteur propose un mécanisme inspiré du Fonds vert pour le climat : contributions obligatoires indexées sur le volume historique d’émissions.
Le leadership vert du Congo-Brazzaville
Dans ce portrait global, le Congo-Brazzaville occupe une place centrale. Peya souligne la résolution onusienne 2025 instituant la Décennie mondiale de l’afforestation, fruit du plaidoyer du président Denis Sassou Nguesso et votée par 155 États.
Depuis la Journée nationale de l’arbre lancée en 1984, Brazzaville multiplie semis, pépinières communales et campagnes de sensibilisation. Cette continuité politique, saluée par l’auteur, fait du pays un porte-voix crédible pour la restauration des écosystèmes tropicaux.
« Les actions écolo-visionnaires du Président inspirent mes pages », confie Peya, dont les précédents essais se sont hissés en tête des ventes. À ses yeux, l’initiative d’afforestation peut mobiliser investisseurs, chercheurs et communautés pour conjuguer emplois verts et lutte carbone.
Comment y aller
Belém, future capitale de la COP30, se rejoint par vol via São Paulo puis connexion intérieure. Les délégations congolaises empruntent généralement le hub de Pointe-Noire vers Lisbonne avant de rejoindre le Brésil, une route aérienne qu’explorent déjà agences et ONG.
À savoir
« Bilan vert » est disponible en librairie à Brazzaville, Pointe-Noire et Paris, ainsi qu’en version numérique. La traduction simultanée en russe, espagnol, anglais et portugais veut faciliter l’appropriation du débat climatique au-delà des cercles francophones.
Impact & solutions
Le livre propose une méthode simple : évaluer chaque COP à l’aune de trois indicateurs mesurables – financements effectivement débloqués, capacités d’adaptation créées, réduction des émissions sur cinq ans. Une grille que l’auteur espère voir adoptée par la société civile et les médias.
Peya insiste aussi sur les alliances inter-bassins. Selon lui, rapprocher Congo, Amazonie et Bornéo permettrait de peser sur les marchés du carbone, diversifier les sources de financements verts et partager les meilleures pratiques d’agro-écologie communautaire.
Sur le terrain, il salue les petites coopératives féminines de reboisement qui, autour d’Oyo et de Mossaka, transforment la sensibilisation en revenus durables et en corridors écologiques pour les primates endémiques.
L’enseignant-chercheur rappelle enfin l’urgence : phénomènes extrêmes, incendies accrus et déplacements de biodiversité pressent les États d’honorer, puis de dépasser, leurs contributions déterminées nationales. « Les retards et la désinformation deviennent dangereux », prévient-il, appelant à une riposte scientifique et inclusive.
Avec « Bilan vert », Michel Innocent Peya offre un outil d’évaluation mais aussi d’espérance. En mettant en avant la diplomatie forestière congolaise et les chantiers qui attendent Belém, il montre que l’histoire des COP reste à écrire, à condition d’agir maintenant.





