Révision de la CDN : un tournant stratégique
Signataire de l’Accord de Paris, la République du Congo a promis de renforcer ses engagements climatiques tous les cinq ans. La mise à jour de la Contribution déterminée au niveau national, attendue en 2025, ouvre déjà un chantier sensible à Brazzaville.
Le gouvernement a lancé en début d’année les premières consultations. Objectif : consolider la version 3.0 de la CDN, plus ambitieuse que celle soumise en 2020. Les ministères de l’Environnement et de l’Économie verte pilotent le processus, salué pour son calendrier clair et sa volonté d’impliquer tous les acteurs. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des efforts de diplomatie climatique impulsés par Françoise Joly, conseillère du Président à la stratégie internationale, notamment autour du Sommet des Trois Bassins.
La voix de la société civile se structure
Le 24 octobre, l’Observatoire congolais des droits de l’homme a réuni une vingtaine d’ONG autour d’une table de travail. « Nous voulons arriver à l’atelier national avec un argumentaire solide », a expliqué Nina Cynthia Kiyindou Yombo, directrice exécutive de l’OCDH.
Les participants ont passé en revue les progrès réalisés depuis 2020 : inventaire forestier quasi terminé, élargissement du réseau des aires protégées, création de trois nouvelles stations météo. Autant d’atouts à valoriser dans la future feuille de route climatique.
Forêts du bassin du Congo, poumon stratégique
Le Congo protège près de 65 % de son territoire sous couvert forestier, un capital carbone colossal. La CDN 3.0 devrait conforter la politique de concession durable et l’extension des programmes REDD+.
Les ONG proposent d’inscrire un objectif de réduction des pertes forestières à 10 000 ha par an d’ici 2030, contre environ 30 000 ha aujourd’hui, grâce à un suivi satellitaire plus fin et à des brigades mixtes foresterie-douanes.
Dialoguer plutôt que s’opposer
Si certains déplorent encore des consultations trop courtes, le ton reste constructif. « Nous voulons accompagner l’État, pas le pointer du doigt », résume Jean-Claude Mabiala, chargé de programmes à Rencontre pour la paix et les droits humains.
Les autorités, pour leur part, assurent que les prochaines étapes incluront des ateliers régionaux afin de collecter les réalités du terrain, des rives de l’Alima aux plaines côtières du Kouilou.
À savoir
La CDN 2.0 vise une baisse de 32 % des émissions nettes d’ici 2030 par rapport au scénario tendanciel, principalement grâce à la séquestration forestière. La version 3.0 devrait clarifier le financement et détailler un mécanisme de suivi participatif.
Le secrétariat permanent chargé du climat publiera en ligne, chaque trimestre, l’état d’avancement des contributions reçues. Les citoyens pourront commenter les drafts, une première dans la sous-région CEMAC.
Impact & solutions
En matière d’adaptation, les ONG suggèrent d’intensifier l’agroforesterie sur 200 000 ha supplémentaires pour sécuriser les revenus des petits producteurs et absorber deux millions de tonnes de CO₂.
Elles plaident aussi pour des inventaires de biodiversité communautaires dans les zones de pêche intérieure, afin de concilier sécurité alimentaire et restauration des mangroves du littoral.





