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Une commémoration aux enjeux renouvelés

Le 9 août 2025, la République du Congo a joint sa voix à celle des Nations unies pour célébrer la Journée internationale des peuples autochtones, instituée en 1994 afin d’ouvrir un espace de dialogue mondial sur les droits et la dignité de quelque 476 millions de personnes dans le monde. À Brazzaville, la déclaration du ministre de la Justice, des Droits humains et de la Promotion des peuples autochtones, Aimé Ange Wilfrid Bininga, a rappelé « la sagesse ancestrale qui irrigue notre cohésion nationale » tout en soulignant le caractère prospectif du thème onusien : « Les peuples autochtones et l’intelligence artificielle ». L’allocution, prononcée dans l’hémicycle du Palais du peuple devant des représentants autochtones et des diplomates accrédités, a d’emblée posé l’équation centrale : comment conjuguer algorithmique de pointe et pratiques coutumières sans sacrifier ni l’une ni l’autre.

Bâtir un pont entre algorithmes et cultures vivantes

Le gouvernement congolais met en avant une stratégie à double détente. D’une part, l’élargissement de l’accès à Internet dans les zones forestières, essentiellement habitées par les peuples Ban’Aka, Baka et Sangha-Sangha, doit lever la barrière matérielle. D’autre part, des formations ciblées au codage et à la datavisualisation sont annoncées pour les jeunes autochtones, afin qu’ils deviennent acteurs et non simples usagers de l’économie numérique. Le Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle de Brazzaville, inauguré en 2021 avec le concours de l’UNESCO, servira de laboratoire d’expérimentation. Son directeur, le professeur Marius Mvoula, estime que « l’IA peut documenter la pharmacopée traditionnelle et modéliser la gestion communautaire des forêts, pour peu que l’on respecte le régime de propriété intellectuelle collective ».

Un arsenal juridique salué par les partenaires

Alors que de nombreux États africains en sont encore au stade de la reconnaissance coutumière, la loi congolaise de 2011 consacrée aux droits des populations autochtones fait figure de texte pionnier. Elle garantit l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi et à l’état civil, tout en prohibant les expulsions forcées. La Banque africaine de développement, qui finance un programme pilote de cartographie participative dans le département de la Likouala, souligne la « cohérence normative » d’un pays ayant su aligner législation nationale et Convention 169 de l’Organisation internationale du travail. À cet égard, le premier Congrès mondial des peuples autochtones des bassins forestiers, tenu à Brazzaville en mai 2024 et couronné par la Déclaration de Brazzaville, a consolidé la visibilité diplomatique d’un leadership régional sur ces questions.

Des défis structurels à l’horizon 2030

Le ministre Bininga n’a pas occulté les contraintes persistantes : accès aux services sociaux de base, lutte contre la stigmatisation dans les centres urbains, ou encore sauvegarde de langues menacées telles que le Bomitaba. L’introduction de l’IA, mal calibrée, pourrait aggraver les asymétries si les bases de données reproduisent des biais historiques. C’est pourquoi un comité éthique, associant linguistes, anthropologues et ingénieurs congolais, sera institué pour auditer les algorithmes déployés. Selon l’anthropologue Pauline Samba, « l’inclusion n’est pas un slogan ; c’est une ingénierie sociale qui doit précéder l’ingénierie technologique ».

Perspectives régionales et diplomatiques

Sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, les autorités misent sur une diplomatie climatique plaçant les peuples autochtones au cœur de la conservation des forêts du Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète. La convergence entre politiques climatiques et transformation numérique ouvre la voie à des financements innovants, tels que les crédits carbone adossés à la collecte de données communautaires. L’Organisation des États d’Afrique centrale a déjà sollicité l’expertise congolaise pour l’élaboration d’un protocole régional sur l’IA responsable. En liant le tam-tam des traditions à la pulsation binaire des microprocesseurs, Brazzaville entend démontrer qu’une modernité inclusive peut naître au sein même des forêts équatoriales.

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