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Arrestation éclair à Dolisie

Le 4 octobre, l’antenne de la gendarmerie de Dolisie surprend deux jeunes Congolais portant un sac inhabituel. À l’intérieur, quatre défenses d’éléphant soigneusement enveloppées. Les agents coupent court à la transaction en quelques minutes, sous l’œil discret de la direction départementale de l’Économie forestière.

Âgés de 21 et 29 ans, les suspects admettent aussitôt détenir, transporter et vouloir vendre l’ivoire. Ils sont conduits au poste, puis au parquet près le Tribunal de grande instance de Dolisie. Le montant potentiel de la cargaison aurait flirté avec plusieurs millions de francs CFA sur le marché noir.

L’itinéraire secret de l’ivoire

Selon les premiers interrogatoires, les défenses auraient quitté le village gabonais de Mabanda, à moins de 100 kilomètres de la frontière. L’un des mis en cause décrit un passage de piste en moto, puis une traversée en minibus jusqu’au cœur du Niari, profitant des pluies pour brouiller les pistes.

Ce routage illégal rappelle que le fleuve Congo et ses affluents servent de couloirs discrets aux trafiquants. En reconstituant le trajet, les enquêteurs espèrent démanteler un maillon essentiel entre les zones de braconnage et les marchés asiatiques, souvent dernière destination de l’ivoire brut.

Un cadre légal renforcé

La loi congolaise classe l’éléphant parmi les espèces intégralement protégées. L’article 27 prohibe toute importation, détention ou transit de trophées, sous peine de cinq ans de prison et cinq millions de francs CFA d’amende, sauf dérogation scientifique.

En 2020, le ministère de l’Économie forestière a modernisé les textes d’application, alignant les sanctions sur les standards de la Convention de Washington. « La dissuasion financière est désormais réelle », confirme un magistrat de Dolisie, rappelant que les profits illicites étaient auparavant jugés « peu risqués ».

Enquête terrain : la méthode PALF

Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, actif depuis 2008, apporte un soutien technique aux autorités. Ses agents forment gendarmes et douaniers à la reconnaissance de l’ivoire et à la collecte de preuves, indispensables pour une condamnation solide.

Lors de l’opération de Dolisie, PALF a fourni des balises pour suivre les suspects depuis le premier contact avec l’acheteur. « Nous travaillons discrètement, laisse entendre un coordinateur, mais les résultats parlent », glisse-t-il, rappelant 79 arrestations similaires en trois ans sur le territoire national.

Des précédents dans la Likouala

Le 25 août, à Impfondo, une femme a été surprise avec deux peaux de panthère et des écailles de pangolin géant. Son dossier suit son cours au tribunal. Ces affaires rapprochées montrent un maillage plus fin des forces de l’ordre, du Nord au Sud, pour stopper un trafic aux multiples visages.

Impact & solutions

Chaque défense illégalement sortie des forêts du Congo accélère le déclin des éléphants de savane, déjà menacés par la perte d’habitat. Les scientifiques estiment qu’il en reste moins de 8 000 dans le pays, concentrés dans les parc nationaux et réserves communautaires.

Le gouvernement encourage désormais les communautés riveraines à signaler le braconnage via des numéros verts gratuits. En parallèle, des patrouilles mixtes éco-garde-gendarmes sillonnent les aires protégées. « La coopération civile est notre premier radar », insiste un officier du parc de Conkouati.

À Brazzaville, des sculpteurs travaillent l’ivoire végétal issu des coques de palmier pour répondre à la demande d’artisanat, sans pression sur la faune. Cette alternative, promue lors de la Foire nationale de l’art, illustre la recherche de solutions locales pour concilier culture et conservation.

À savoir

La détention simple d’un fragment d’ivoire non déclaré expose à des poursuites identiques à celles visant les trafiquants. Les voyageurs doivent impérativement solliciter un permis CITES lorsqu’ils transportent des objets anciens certifiés, même à des fins patrimoniales.

Le Congo collabore étroitement avec le Gabon et le Cameroun via le projet TRIDOM pour surveiller la zone transfrontalière. Des échanges de données satellitaires permettent de cartographier les pistes de contrebande et de déclencher des interceptions ciblées.

Comment y aller

Dolisie se rejoint depuis Brazzaville par la RN1 puis la RN6 en huit heures de route ou par le train Congo-Océan. Les visiteurs sont invités à déclarer tout objet susceptible d’être d’origine animale aux douanes de la gare ou du poste routier afin d’éviter toute confusion avec des souvenirs illicites.

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