Course au cœur de la canopée
À six heures, la brume flotte encore sur la Lekoli quand résonne le premier coup de sifflet. Cent-vingt coureurs filent sur un ruban d’argile rouge, entourés de fromagers géants et de cris de colobes. Le marathon d’Odzala-Kokoua lance son deuxième pari de 42 kilomètres.
Ici, le chronomètre n’est pas le seul adversaire. Chaque foulée rappelle la cohabitation avec les éléphants de forêt et les gorilles des plaines. « Courir dans cet environnement donne du sens à l’effort », confie Elza Gillman, directrice de Kamba, société écotouristique organisatrice.
Un podium de champions locaux
Sous les vivats du village de Mbomo, Djibil Agnouka l’emporte en 3 h 49. L’athlète d’African Parks devance Arsène Zoloba et Guinel Ngouana, tous deux originaires du district. Les 21 km et 10 km consacrent également des coureurs locaux, ambassadeurs naturels du parc.
Les performances, modestes comparées aux grands marathons urbains, importent moins que l’émulation. « Je cours pour montrer qu’on peut rester ici, protéger la forêt et vivre du tourisme », sourit Joseph Obanga, vainqueur du 10 km.
Tourisme responsable en ligne de mire
Le parcours traverse des clairières salines fréquentées par les pachydermes, longe des marres à bongo et file sous des tunnels de lianes. Chaque point de ravitaillement valorise des produits du terroir : noix de kola, miel sauvage, eau de source filtrée.
Pour les organisateurs, l’objectif est clair : transformer la sueur des coureurs en arguments pour attirer des voyageurs avides d’expériences durables. Les nuitées dans les lodges de Mboko et Ngaga financent directement la surveillance anti-braconnage et la formation de guides communautaires.
Engagement ministériel et sponsors
La ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des Loisirs, Lydie Pongault, donne le départ puis remet les médailles. Sa présence symbolise l’appui du gouvernement à un événement capable de diversifier l’offre touristique nationale au-delà de Brazzaville.
« Nous ferons du marathon d’Odzala un rendez-vous annuel de référence », annonce-t-elle, évoquant la future mise en réseau des opérateurs aériens, hôteliers et assurances. Déjà, plusieurs entreprises locales et partenaires internationaux fournissent équipements, logistique et support financier.
Jeunesse et héritage sportif
En marge de la course, neuf ateliers ludiques transforment la place centrale de Mbomo en mini Jeux olympiques. Cerceaux, relais de seaux d’eau et tir à la corde initient les enfants à l’esprit sportif tout en célébrant la culture villageoise.
« Ces jeux leur montrent que la forêt est une salle de classe à ciel ouvert », explique un instituteur. Les rires résonnent jusqu’au soir, prouvant que la transmission de valeurs écologiques commence par le plaisir et le jeu.
Comment y aller
Depuis Brazzaville, un vol régulier d’une heure rejoint Ollombo, puis une piste de laterite mène en cinq heures au parc. Les agences locales proposent des packages incluant transfert en 4×4, hébergement en lodge et inscription à l’épreuve.
La saison sèche, de juin à octobre, offre les meilleures conditions de course : températures plus clémentes, pistes praticables et observation aisée de la faune aux marres salines.
À savoir
Le nombre de dossards est limité pour préserver la tranquillité des animaux. Chaque participant suit un briefing obligatoire sur les distances de sécurité avec la faune.
Les frais d’inscription intègrent un prélèvement pour le Fonds de conservation d’Odzala-Kokoua. Les coureurs reçoivent un kit écologique : gourde réutilisable, tee-shirt en coton bio et puce de chronométrage recyclée.
Impact & solutions
Depuis la première édition pilote, l’affluence touristique autour du marathon a créé vingt-cinq emplois permanents dans les villages voisins. Les recettes ont permis d’équiper deux patrouilles anti-braconnage supplémentaires sur le corridor faunique.
Les organisateurs envisagent un label carbone neutre : reboisement de jachères, cuisine solaire pour les stands et compensation des vols domestiques. Objectif : montrer qu’un événement sportif peut devenir un laboratoire d’innovations vertes en plein cœur du bassin du Congo.





