Boko fait vibrer la filière porcine
Dans la poussière rouge de Boko, à 60 kilomètres de Brazzaville, des chapiteaux blancs abritent une foule bigarrée. Entre grognements et rires, la première Foire porcine du Pool affiche l’ambition d’une région décidée à se réinventer.
Initiée par la Coopérative des Femmes Leaders de Boko, l’événement veut transformer un élevage souvent informel en moteur économique durable. «La promesse d’un Boko uni, travailleur et ambitieux», résume sa présidente, Joacheline Patricia Tendelet, le regard rivé sur les enclos flambant neufs.
Les femmes leaders, moteur du changement
Autrefois cantonnées à la vente de manioc, ces entrepreneuses ont investi dans la filière porcine pour sa croissance rapide et son rendement élevé. En trois ans, leurs effectifs sont passés de 50 à 600 truies, malgré les flambées de prix des aliments composés.
Le préfet du Pool, Jules Monkala Tchoumou, venu couper le ruban, salue «une initiative exemplaire qu’il faudra répliquer». Aux côtés des sous-préfets, vétérinaires et chefs de quartiers, il insiste sur l’effet multiplicateur: emplois jeunes, niches fiscales pour les communes, et baisse des importations de viande.
Préserver santé animale et environnement
L’élevage intensif comporte pourtant des risques. Les organisateurs ont donc réservé un espace aux vétérinaires pour des ateliers sur la peste porcine africaine et la gestion des effluents. L’objectif est de sensibiliser aux bonnes pratiques d’hygiène afin de protéger les rivières proches du fleuve Djoué.
Des démonstrations montrent la valorisation du lisier en biogaz pour alimenter des réchauds. «Rien ne se perd, tout se transforme», insiste Dr Aurélien Mabiala, consultant en santé animale, persuadé que la circularité peut réduire la déforestation dédiée au bois-énergie.
Structurer un marché prometteur
Au cœur de la foire, un ring d’enchères anime les transactions. Pourtant, l’absence d’abattoir moderne oblige encore les porcs à parcourir 30 kilomètres vers Dolisie pour l’abattage. Un manque qui augmente les coûts et limite la compétitivité des éleveurs locaux.
Pour pallier cette faille, la coopérative négocie avec des investisseurs privés l’implantation d’une mini-chaîne d’abattage conforme aux normes CEE. Le projet inclut une chambre froide solaire capable de conserver 10 tonnes, afin de limiter les pertes post-abattage.
Paroles d’éleveurs
Pierre Mavoungou, 27 ans, exhibe fièrement un verrat de 180 kilos. Il a quitté Brazzaville après ses études d’agronomie pour «faire fortune à la campagne». En six mois, il a doublé son cheptel et vend ses porcelets à crédit aux restaurateurs.
Plus loin, Mama Cécile propose des saucisses épicées fumées au poivre de la Léfini. Pour elle, la foire est surtout «un lieu d’apprentissage». Elle suit un module sur la transformation, espérant obtenir un label local qui rassurera les consommateurs urbains.
Impact & solutions
Selon la Direction départementale de l’élevage, la foire pourrait générer 50 millions de francs CFA d’échanges cette année. Pour amplifier l’impact, un fonds rotatif doit financer des porcheries semi-extensives, plus économes en eau et compatibles avec les nouvelles aires agro-écologiques promues par le ministère.
La FAO recommande d’intégrer culture de maïs et élevage porcin pour recycler les sous-produits. Boko expérimente déjà ces associations. «Notre vision est de relier chaque ferme à un champ, chaque champ à un marché», explique Mme Tendelet, plaidant pour des contrats d’achats garantis.
Comment y aller
Boko est accessible depuis Brazzaville par la nationale 1, puis une piste latéritique de 12 kilomètres praticable toute l’année. Des taxis-brousse partent chaque matin du rond-point Mikalou. L’entrée de la foire coûte 500 francs CFA; les stands ouvrent de 8 h à 18 h.
À savoir
La période sèche, de juin à septembre, offre les meilleures conditions de visite. Les photographes sont priés de désinfecter leurs bottes à l’entrée pour éviter la propagation de pathogènes. Un poste de lavage des mains, approvisionné en savon local, est obligatoire.
Le paiement mobile est largement accepté. Les visiteurs peuvent loger chez l’habitant ou dans l’unique auberge de huit chambres, tenue par la paroisse. Les plats à base de porc proposés sur place se déclinent en mwambe, grillades et bouillon épicé.
Vers un futur prospère
Sous les manguiers, la fanfare clôt la journée. Les cochons s’ébrouent, impatients de rentrer aux enclos. Dans un pays qui cherche à diversifier son économie, Boko prouve que l’agriculture familiale, alliée à l’innovation verte, peut nourrir, employer et inspirer tout un territoire.





