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Mouyondzi, laboratoire d’un développement territorial durable

À quelque 250 kilomètres de Brazzaville, la communauté urbaine de Mouyondzi cherche à transformer son avantage comparatif agricole en véritable moteur de croissance inclusive. Lors de notre entretien, la maire Anne Marie Claudine Kabala a rappelé que « l’avenir économique d’une cité repose d’abord sur l’exploitation raisonnée de ses ressources endogènes ». Par cette formule, l’édile inscrit sa démarche dans les orientations nationales qui font de la souveraineté alimentaire un vecteur de stabilité sociale et de diversification économique (Plan national de développement 2022-2026).

Territoire à forte densité de terres arables, Mouyondzi hérite d’une tradition vivrière solide : manioc, arachide et banane plantain structurent l’alimentation congolaise tout en constituant un marché en expansion vers les centres urbains. Pourtant, la productivité plafonne encore à moins de la moitié du potentiel estimé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, faute de mécanisation et d’accès régulier au crédit. La volonté municipale de « faire passer l’agriculture de subsistance à l’agriculture d’opportunité » s’inscrit donc dans une logique à la fois économique et sociologique, puisque la majorité des actifs restent engagés dans le secteur primaire.

Chaînes de valeur agricoles : de la parcelle au marché

Le projet porté par Mme Kabala vise d’abord la consolidation de chaînes de valeur fonctionnelles. L’accent est mis sur la structuration de groupements de producteurs afin de mutualiser les facteurs de production et d’améliorer le pouvoir de négociation sur les marchés. Cette stratégie, courante dans l’économie sociale et solidaire, favorise l’accumulation de capital social et l’émergence d’initiatives coopératives. « C’est plus facile d’attirer un partenaire financier lorsque les exploitants s’expriment d’une seule voix », souligne la maire, citant l’expérience pilote du groupement « Tsetseleka » qui a obtenu un micro-crédit collectif de 30 millions de francs CFA auprès d’un établissement bancaire de la place.

Au-delà du financement, la municipalité entend introduire des innovations agronomiques adaptées aux réalités pédoclimatiques locales : sélection de variétés à cycle court, recours modéré aux intrants biologiques et diffusion de systèmes agroforestiers pour maintenir la fertilité des sols. Ces options techniques, recommandées par le Centre de recherche agronomique du Congo, répondent à l’impératif de durabilité sans compromettre le rendement.

Financement participatif rural et gouvernance inclusive

La question des ressources financières reste centrale. Si le budget communal ne peut couvrir l’ensemble des besoins – plates-formes de collecte, pistes rurales, chambres froides –, un montage innovant mêle subventions publiques, investissements privés et aides internationales. Les discussions en cours avec l’Agence française de développement et la Banque de développement des États de l’Afrique centrale laissent présager des lignes de financement ciblées sur l’infrastructure logistique.

Parallèlement, la mairie expérimente un mécanisme de financement participatif local fondé sur la mobilisation de la diaspora. Chaque diaspora club, structure associative très active dans le département de la Bouenza, s’engage à cofinancer un micro-projet contre reconnaissance officielle et exonérations partielles de taxes municipales. Selon le sociologue Patrice Loundou, « ce dispositif renforce le sentiment d’appartenance et réduit la dépendance aux transferts classiques de l’État ».

Sécurité hydrique : l’autre socle du pacte territorial

Au défi agricole se superpose le problème aigu de l’eau potable, notamment durant la saison sèche de juin à septembre, quand les sources superficielles se tarissent. Dans les 17 quartiers de Mouyondzi, le temps moyen consacré à la corvée d’eau dépasse trois heures quotidiennes, un fardeau pesant essentiellement sur les femmes et les jeunes filles, avec des répercussions directes sur la scolarisation.

Pour y remédier, la commune élabore un projet intégré de sécurisation hydrique. Il combine la réhabilitation du réseau existant, la construction de forages photovoltaïques et la mise en place de comités de gestion de l’eau. Le dispositif prévoit une tarification sociale progressive afin de garantir l’accès universel tout en couvrant les coûts d’entretien. Inspirée du modèle rwandais de gestion communautaire, la gouvernance partagée devrait réduire les pertes techniques estimées à 38 % par la Société nationale de distribution d’eau.

Effets d’entraînement et insertion régionale

Si les ambitions de Mouyondzi paraissent locales, elles s’inscrivent dans une dynamique régionale de corridors agricoles reliant la Bouenza au Pool et à Brazzaville. Les autorités provinciales y voient une opportunité d’écouler les surplus vers les marchés urbains, limitant ainsi les importations alimentaires. À moyen terme, la montée en puissance des coopératives pourrait générer un effet d’entraînement sur les filières de transport, de transformation et de services financiers.

En choisissant de coupler agriculture durable et sécurité hydrique, Mme Kabala positionne Mouyondzi comme un nœud d’expérimentation des politiques publiques congolaises en matière de développement territorial. Cette démarche, qui conjugue planification stratégique, participation citoyenne et ouverture internationale, pourrait servir de matrice à d’autres collectivités. Dans un contexte où la diversification économique demeure un impératif posé par le président Denis Sassou Nguesso, la réussite de Mouyondzi offrirait un argument supplémentaire en faveur d’un ancrage territorial des politiques de croissance équilibrée.

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