Coopération sino-congolaise en santé : une histoire profonde
Le ruban rouge découpé cette semaine à l’hôpital de l’amitié sino-congolaise de Mfilou ne marque pas seulement la réception de cartons de médicaments et de plateaux techniques flambant neufs. Il témoigne d’un compagnonnage débuté en 1963, lorsque la première équipe médicale venue de la République populaire de Chine posa ses valises à Brazzaville. Depuis, plus d’un millier de praticiens chinois ont exercé dans le pays, formant une génération de soignants congolais et consolidant un arc de coopération où l’infrastructure hospitalière reste la tête de pont.
Un don stratégique de 27,51 millions FCFA
Le 5 août, le chef de mission médicale chinoise, le docteur Wang Zhitao, a remis au directeur de cabinet du ministre de la Santé et de la Population, Donatien Moukassa, un lot de médicaments anti-inflammatoires, antipaludiques, d’antibiotiques ainsi que plusieurs dispositifs médico-chirurgicaux d’une valeur chiffrée à 27,51 millions FCFA. « Ce geste illustre la solidarité tangible entre nos deux peuples », a souligné Moukassa avant d’acheminer personnellement la cargaison vers Mfilou. Le directeur de l’hôpital, Roger Oyeré, s’est réjoui d’un « renfort qui réduira la pression sur les stocks critiques de la pharmacie centrale ».
Diplomatie sanitaire et soft power chinois
Au-delà des seringues et des cartons de comprimés, Pékin consolide ici un soft power patiemment tissé sur tout le continent. L’ouvrage universitaire dirigé par le professeur Yang Jiejun rappelle que « la santé est depuis deux décennies l’un des vecteurs privilégiés du partenariat Chine-Afrique ». Dans la typologie des instruments d’influence, le don de Mfilou relève de la diplomatie sanitaire : il améliore l’image du pays donateur tout en répondant à un besoin social objectivement identifié. Pour le Congo, la formule est bénéfique ; elle conforte une politique de coopération sud-sud qui n’hypothèque pas sa marge de manœuvre, tout en évitant d’alourdir l’endettement public.
Un impact concret sur la capacité hospitalière de Mfilou
Inauguré en 2011, l’hôpital de l’amitié dispose de 150 lits et d’un service d’urgences particulièrement sollicité lors des pics palustres saisonniers. Les nouvelles fournitures devraient accroître de 18 % la capacité de prescription d’antipaludiques de première ligne et réduire le délai moyen d’attente au bloc opératoire, selon une estimation interne confiée par la direction technique. Pour le docteur Irène Nkouka, anesthésiste-réanimatrice, « l’arrivée de moniteurs d’anesthésie et de lampes scialytiques nous rapproche des standards recommandés par l’OMS pour les établissements de référence ».
L’enjeu de la durabilité et de la fabrication locale
Si le don répond à l’urgence, la question de la pérennité reste posée. Le gouvernement congolais a lancé en juin dernier un programme d’incitation fiscale destiné aux investisseurs pharmaceutiques nationaux. Objectif : produire localement 30 % des médicaments essentiels d’ici à 2028. Interrogé à ce sujet, le chercheur en santé publique Charles-Auguste Bouity estime que « les partenariats structurants, à l’instar de celui avec la Chine, doivent désormais inclure un transfert de technologie pour que l’autonomie pharmaceutique ne demeure pas un horizon lointain ». Les autorités assurent que la prochaine phase de la coopération portera précisément sur la formation d’ingénieurs biomédicaux et la modernisation de la chaîne du froid médicamenteuse.
Entre reconnaissance et projection d’avenir
Dans un pays où près de 40 % de la population vit à plus de cinq kilomètres d’un centre de santé, chaque renforcement de plateau technique revêt une dimension quasi stratégique. Le présent don, salué par le corps médical, s’inscrit dans une dynamique plus large de solidarité internationale que Brazzaville entend cultiver avec pragmatisme. Comme l’a rappelé le ministre de la Santé, Gilbert Mokoki, lors d’une récente allocution : « Les partenariats fructueux sont ceux qui allient respect mutuel, efficacité et vision à long terme ». À l’heure où le monde redécouvre la centralité des infrastructures sanitaires, l’hôpital de l’amitié de Mfilou offre l’illustration d’un multilatéralisme de proximité, où le geste humanitaire épouse la stratégie de développement.





