Dans la Cuvette-Ouest, au cœur de ces forêts du bassin du Congo où la panthère règne encore en silence, une saisie vient rappeler la pression qui pèse sur la grande faune. À Ewo, quatre hommes ont été interpellés avec les dépouilles d’animaux protégés.
Quatre suspects et des trophées dissimulés à Ewo
Le 18 mai 2026, les autorités d’Ewo, chef-lieu du département de la Cuvette-Ouest, ont interpellé quatre présumés trafiquants fauniques âgés de 25 à 50 ans. Les profils détonnent : parmi eux figurent le chauffeur personnel d’une autorité locale et un pasteur d’une église pentecôtiste.
Les enquêteurs ont mis la main sur quatre peaux de panthère, un crâne et quatre dents, soit autant de fragments correspondant à quatre animaux abattus. Le tout était glissé dans un sac en toile de jute, mêlé à des vêtements pour échapper aux regards.
La panthère, sentinelle fragile des forêts du bassin
Derrière ces objets se cache une espèce emblématique des forêts congolaises. Discrète, solitaire, la panthère occupe le sommet de la chaîne alimentaire et régule l’équilibre de tout l’écosystème forestier qu’elle parcourt.
Chaque animal braconné fragilise cet édifice naturel. Les trophées alimentent un commerce illicite qui dépasse les frontières et grignote, prise après prise, une biodiversité déjà soumise aux pressions de la déforestation et de la fragmentation des habitats.
Une opération conjointe contre le commerce illicite
L’interpellation n’a rien d’un hasard. Elle a mobilisé la gendarmerie régionale, la Direction départementale de l’économie forestière et le Projet d’application de la loi sur la faune sauvage (Palf), un dispositif qui appuie les services congolais dans la lutte contre la criminalité environnementale.
Cette coordination illustre une approche désormais privilégiée au Congo-Brazzaville : croiser renseignement de terrain, contrôle forestier et action judiciaire pour remonter les filières plutôt que d’en saisir seulement les maillons visibles.
Ce que prévoit la loi congolaise
Le cadre juridique existe et il est sévère. En vertu de la loi 37-2008, les suspects encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et des amendes pouvant atteindre cinq millions de francs CFA par personne.
Les quatre hommes ont reconnu les faits et attendent leur comparution. L’issue de cette procédure dira si la fermeté affichée par les textes se traduit, cette fois encore, devant le tribunal.
Un signal pour la conservation régionale
Au-delà du fait divers, l’affaire d’Ewo agit comme un révélateur. Elle montre que le braconnage ne se nourrit pas seulement de réseaux lointains, mais s’appuie parfois sur des relais locaux insoupçonnés, ancrés dans le tissu social ordinaire.
Pour les acteurs de la conservation, chaque saisie médiatisée vaut avertissement. Protéger la panthère, c’est préserver l’intégrité des forêts du bassin et, avec elles, un patrimoine naturel que le Congo partage avec toute la sous-région.
