À une trentaine de kilomètres au nord de Brazzaville, les tourbières de Ngamakala forment un sol gorgé d’eau et de carbone. C’est autour de ce trésor discret qu’une génération congolaise décide d’agir.
Quand l’érosion appelle des mains jeunes
Le 25 avril, une trentaine de jeunes militants écologistes, activistes climatiques et responsables associatifs se sont retrouvés à Brazzaville. Au cœur des discussions, les négociations climatiques internationales et les promesses du marché mondial du carbone.
La rencontre n’a pas seulement réuni des Congolais. Par visioconférence, de jeunes négociateurs climatiques venus du Cameroun et du Gabon ont rejoint les échanges, élargissant le cercle aux voisins du bassin du Congo.
« Leur présence a permis d’enrichir les échanges, de partager des expériences régionales et de renforcer la coopération entre les jeunes acteurs » environnementaux, salue Espanich Motondo, président du Mouvement des jeunes écologistes congolais (MJEC).
Un projet de 250 000 arbres pour Ngamakala
À l’issue des travaux, la coalition des associations de jeunes a adopté un projet collectif tourné vers l’afforestation, le reboisement et la conservation forestière. Une ambition concrète, taillée pour durer.
Sa première phase vise la plantation de 250 000 arbres. Les semis cibleront les zones rongées par l’érosion et les espaces déboisés bordant les tourbières de Ngamakala, à environ 35 kilomètres au nord de la capitale.
Ces marécages ne sont pas un décor anodin. Les tourbières piègent d’immenses quantités de carbone dans leurs sols saturés. Les protéger, c’est éviter de libérer dans l’atmosphère ce que des millénaires ont patiemment enfoui.
« La protection de cet écosystème constitue un enjeu majeur non seulement pour la République du Congo, mais également pour l’ensemble de la planète », insiste Espanich Motondo. Une phrase qui place un coin de forêt congolaise à l’échelle du monde.
Des arbres qui font aussi des emplois
L’initiative ne se limite pas au geste écologique. Elle entend créer une centaine d’emplois directs et indirects, ancrant la transition dans le quotidien des communautés plutôt que dans les seules promesses des sommets internationaux.
Pépinières, plantation, suivi écologique, certification carbone, valorisation des produits forestiers non ligneux : chaque maillon ouvre un métier. La forêt restaurée devient un terrain d’apprentissage autant qu’un puits de carbone.
Cette logique relie l’environnement et l’économie locale. En transformant la conservation en activité rémunérée, les jeunes congolais cherchent à rendre l’écologie désirable, durable et compatible avec leurs aspirations professionnelles.
Un réseau d’Afrique centrale en gestation
La rencontre a aussi posé les bases d’un réseau sous-régional. Il doit relier de jeunes négociateurs et entrepreneurs climatiques d’Afrique centrale, appelés à mutualiser leurs compétences dans les mois à venir.
L’idée est de ne plus avancer en ordre dispersé. Face à des marchés du carbone complexes, où se mêlent règles techniques et intérêts internationaux, la jeunesse régionale parie sur l’union pour peser davantage.
Cette mise en réseau prolonge l’esprit de la réunion. Du Cameroun au Gabon, des voix proches partagent des forêts, des fleuves et des défis communs. Les frontières administratives s’effacent devant l’unité écologique du bassin.
Une génération qui s’invite à la table
Longtemps, les négociations climatiques sont restées l’affaire des États et des grandes institutions. À Brazzaville, de jeunes Congolais affirment qu’ils veulent y jouer un rôle central, pas seulement subir les décisions.
Leur démarche conjugue patience et ambition. Planter 250 000 arbres ne se mesure pas en jours, mais en années de suivi, de soins et de vérification. La certification carbone exige rigueur et constance.
Autour des tourbières de Ngamakala, un écosystème fragile rencontre une volonté neuve. Si le pari tient ses promesses, ces marécages pourraient devenir le symbole d’une jeunesse qui transforme la conservation en projet d’avenir partagé.

