Au bord du fleuve, la chasse rouvre ses portes sous condition

À Brazzaville, le 30 avril dernier, la 54e saison de chasse sportive a été lancée officiellement. Loin d’un simple coup d’envoi festif, l’événement a pris des allures de rappel à l’ordre adressé aux amateurs de gibier.

Le calendrier est connu : la saison court du 1er mai au 31 octobre 2026. Cette ouverture succède à six mois de fermeture, une parenthèse pensée pour laisser les espèces se reproduire et repeupler les forêts du bassin congolais.

Un patrimoine vivant que l’État dit vouloir défendre

Au nom du gouvernement, Jean Bosco Nganongo, directeur général de l’Agence nationale de la faune et des aires protégées (ANFAP), a insisté sur le respect des réglementations. Selon lui, la faune sauvage reste un bien commun.

« La faune sauvage est un patrimoine collectif que nous devons préserver pour les générations futures », a déclaré le directeur général de l’ANFAP. La formule donne le ton d’une saison placée sous le signe de la responsabilité plutôt que de la cueillette débridée.

Le Congo-Brazzaville se présente volontiers comme l’un des grands réservoirs de biodiversité d’Afrique centrale. Ses forêts denses abritent des espèces rares, parfois menacées, dont la survie dépend d’un équilibre fragile entre usage humain et préservation.

Permis, quotas et nuit interdite : les garde-fous de la saison

Les règles encadrant cette saison ne laissent guère de place à l’improvisation. Tout chasseur doit détenir un permis valide, sésame indispensable avant le moindre départ en brousse.

S’y ajoutent le respect strict des espèces protégées et des quotas fixés. Certaines bêtes demeurent intouchables, et les prélèvements autorisés restent plafonnés pour éviter que la pression ne devienne insoutenable sur les populations animales.

La chasse nocturne, elle, est purement et simplement interdite. Cette pratique, souvent associée aux dérives, prive les animaux de tout répit et facilite les captures massives que les autorités entendent justement freiner cette année.

Enfin, la lutte contre le braconnage figure au cœur du dispositif. Derrière le mot, c’est tout un combat contre les filières illégales qui vident discrètement les forêts de leurs habitants les plus convoités.

« Exploitation durable » : un thème qui engage

La saison 2026 avance sous une bannière explicite : « Respectons les textes réglementaires pour une exploitation durable et responsable ». L’intitulé, presque programmatique, résume l’ambition affichée par les autorités.

Au-delà du slogan, le message cherche à ancrer une idée simple. Chasser ne doit plus rimer avec épuisement des ressources, mais s’inscrire dans une logique où la nature continue de se renouveler année après année.

Vers d’autres manières de nourrir les villages

Pour alléger le poids exercé sur la faune sauvage, l’ANFAP met en avant des activités alternatives. La pêche et le game farming, cet élevage de gibier, sont présentés comme des relais crédibles.

L’enjeu dépasse la seule protection animale. En diversifiant les sources de protéines, ces pratiques visent aussi à soutenir la sécurité alimentaire des populations, sans condamner pour autant les écosystèmes forestiers à la surexploitation.

C’est là que se joue, en filigrane, l’équilibre recherché. D’un côté, des communautés qui dépendent de la viande de brousse ; de l’autre, des espèces qu’il faut épargner pour qu’elles ne disparaissent pas.

Une saison test pour la crédibilité du modèle

Reste la question de l’application. Édicter des règles est une chose, les faire respecter sur des milliers de kilomètres de forêt en est une autre, autrement plus délicate à mettre en œuvre.

Les six mois qui s’ouvrent diront si ce cadre tient ses promesses. Entre fermeté affichée et réalités du terrain, la 54e édition apparaît comme un révélateur de la volonté congolaise de concilier tradition cynégétique et préservation durable.

Pour l’heure, le pari est posé. Si les textes sont suivis, la faune du bassin pourrait y trouver un répit ; sinon, l’ouverture de 2026 ne sera qu’un slogan de plus accroché aux branches.

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