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Il est des objets qui portent l’âme d’un peuple. À Brazzaville, quelques tam-tams, des calebasses et deux documents anciens viennent de rejoindre les mains qui sauront les faire vibrer, ravivant au passage tout un pan de la mémoire téké.

Une cérémonie de restitution à l’Hôtel Saphir

C’est dans le cadre feutré de l’Hôtel Saphir que s’est tenue, le samedi 11 juillet 2026, la cérémonie officielle de restitution. L’événement s’est déroulé sous la présidence du Dr Daniel Mbéri, entouré de proches de l’association et de figures publiques du pays.

L’ancien député José Cyr Ebina figurait parmi les participants. Le groupe folklorique téké Cœur volonté Odzi-ya a rythmé la rencontre, rappelant par ses chants que ces instruments ne sont pas de simples reliques, mais des voix encore vivantes (lhorizonafricain.com).

L’héritage du Pr Fidèle Yala

Ces biens étaient conservés depuis plusieurs années. Cinq ans après le décès du professeur Fidèle Yala, ancien vice-président de l’Association la Cité, sa famille en a assuré la garde avant cette remise très attendue.

La démarche répond à une volonté clairement exprimée. Selon José Cyr Ebina, la restitution correspond aux dernières volontés couchées par le professeur dans son testament. Un geste posthume qui prolonge, au-delà de l’absence, l’engagement d’un homme pour sa culture.

Des instruments chargés de sens

Le patrimoine restitué compose un ensemble cohérent. On y trouve quatre tam-tams, deux calebasses et des cornes, auxquels s’ajoutent des tissus traditionnels et divers objets d’origine téké (lhorizonafricain.com).

À ces pièces sonores et textiles s’ajoutent deux documents historiques. Ces archives, discrètes mais précieuses, éclairent les rites, les usages et la trajectoire d’une communauté ancrée dans les plateaux et les rives du Congo.

Chaque objet raconte une part du quotidien téké. Les tam-tams accompagnaient les cérémonies, les calebasses le partage, les cornes l’appel et le rassemblement. Réunis, ils forment une véritable grammaire du patrimoine immatériel.

Le rôle du notaire et la garantie juridique

La restitution n’a rien laissé au hasard. Maître Ado Patricia Marlène Matissa, notaire mandatée pour la succession de la famille Yala, a authentifié l’acte, conférant à la remise une valeur légale incontestable (adiac-congo.com).

Cette rigueur juridique n’est pas anodine. En officialisant le transfert, elle protège les objets contre la dispersion et inscrit leur transmission dans un cadre pérenne. Le patrimoine change de dépositaire sans jamais quitter la communauté qui lui donne son sens.

Une association gardienne de la mémoire téké

L’Association la Cité — pour Civilisation, culture et identité téké — se voit ainsi confier une responsabilité de taille. Son président, le Dr Daniel Mbéri, a assuré que ce patrimoine serait utilisé conformément à la mission de promotion culturelle du groupe.

Pour l’association, l’enjeu dépasse la simple conservation. Il s’agit de protéger, de faire vivre et de promouvoir la richesse de la culture téké, en la transmettant aux générations qui viennent plutôt que de la figer dans une vitrine (adiac-congo.com).

José Cyr Ebina y voit un signe fort. La cérémonie traduit, selon lui, un esprit de continuité et de cohésion au sein du groupe. Là où l’on aurait pu craindre l’oubli, la communauté choisit la transmission.

Bâtir des ponts culturels à travers le pays

L’ambition affichée déborde le seul cadre téké. Le Dr Daniel Mbéri a évoqué la volonté de bâtir des ponts culturels à travers le territoire national, faisant de ce patrimoine local un trait d’union entre les peuples du Congo.

Cette lecture ouverte est précieuse. Dans un pays où coexistent de multiples traditions, valoriser une identité singulière sans la refermer sur elle-même relève d’un équilibre délicat, que l’association semble décidée à tenir.

Un patrimoine vivant, entre mémoire et avenir

Au fond, cette restitution dit quelque chose de plus vaste. Elle rappelle que le patrimoine congolais ne se résume pas à ses forêts et à son grand fleuve, mais tient aussi à ces objets fragiles qui transportent les récits d’une communauté.

Redonner ces instruments à ceux qui savent les jouer, c’est refuser que la mémoire se taise. À Brazzaville, quelques tam-tams retrouvés viennent de prouver qu’un patrimoine, pour survivre, doit d’abord rester entre des mains vivantes.

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