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Une candidature africaine au prisme de la gouvernance mondiale

Au lendemain des premières escales asiatiques puis africaines de la tournée électorale, le nom de Firmin Édouard Matoko résonne avec une intensité croissante dans les couloirs feutrés de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Vice-directeur général sortant, le haut fonctionnaire congolais cristallise l’espoir d’un continent qui entend faire valoir, au sein d’une institution pivot, une vision renouvelée de la coopération culturelle et scientifique. L’échéance de 2025, date à laquelle se décidera la succession d’Audrey Azoulay, s’inscrit dans une phase plus vaste de recomposition du multilatéralisme, nourrie par la polarisation géopolitique et par la demande, émanant du Sud global, d’une représentation plus inclusive.

À ce stade, la concurrence n’a rien de cosmétique : candidats potentiels d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine affûtent programmes et réseaux. En plaçant l’accent sur la « pluralité des talents africains », selon l’expression de l’intéressé, la candidature congolaise tente une synthèse : affirmer l’identité africaine tout en se présentant comme le vecteur d’une Unesco pleinement universelle.

Les ressorts diplomatiques de Brazzaville

L’engagement de la République du Congo en faveur de son ressortissant mobilise une ingénierie diplomatique rarement déployée hors des fronts bilatéraux classiques. Dans un contexte de forte densité diplomatique, le ministère congolais des Affaires étrangères a mis sur pied une cellule de suivi qui agrège conseillers, chercheurs et communicants. L’itinéraire, qui a conduit la délégation de Dar es-Salaam à Maputo en passant par Luanda, Libreville et Abuja, traduit une logique d’« anneau concentrique » : consolider d’abord le socle régional, élargir ensuite le cercle aux pays du Commonwealth et, enfin, multiplier les relais vers les groupes géographiques de l’Unesco à Paris.

Les observateurs notent la marque de la continuité stratégique impulsée par le président Denis Sassou Nguesso, pour qui la diplomatie d’influence complète naturellement les positions de principe défendues sur les thèmes de paix et d’environnement. La nomination récente de diplomates chevronnés à des postes clés dans les capitales cibles illustre cette priorité. « La meilleure carte de visite d’un pays reste la compétence de ses ressortissants », confiait, en marge du Sommet de Luanda sur la Culture de la Paix, un membre du corps africain d’observateurs permanents auprès de l’Unesco.

Les attentes d’un multilatéralisme en recomposition

Au-delà des joutes électorales, l’enjeu majeur porte sur la capacité du futur directeur général à négocier l’équilibre entre universalité et régionalisme. Traditionnellement dominés par les bailleurs occidentaux, les débats budgétaires à l’Unesco s’ouvrent désormais aux puissances émergentes, tandis que les priorités thématiques – intelligence artificielle, patrimoine immatériel, lutte contre les disparités éducatives post-Covid – exigent d’habiles arbitrages.

Dans ce contexte, Brazzaville argue du parcours de M. Matoko, passé de la direction de la Division Afrique à la vice-direction générale pour le secteur « Priorité Afrique et Relations extérieures » : une trajectoire présentée comme la preuve d’une compétence transversale. « L’Unesco aura besoin d’un manager doté d’un œil sudiste et d’une main globaliste », estime une source diplomatique européenne. Pour nombre d’États membres, la candidature congolaise offre en outre la possibilité de rééquilibrer le spectre de représentation au lendemain de la réintégration des États-Unis, dont l’influence financière demeure significative.

Entre soft power éducatif et agenda 2063

En filigrane se dessine l’ambition du continent de faire converger l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable des Nations unies. Le Congo, en mettant en avant un candidat issu du système onusien, envoie le signal qu’un leadership africain peut se conjuguer avec une connaissance fine des arcanes institutionnelles. Cette double compétence constitue l’argument central du discours de campagne : associer l’énergie démographique africaine à une gouvernance fondée sur l’expertise.

Le soft power éducatif que revendique Brazzaville se décline déjà sur le terrain. Financement de chaires Unesco à Brazzaville et Pointe-Noire, échanges universitaires avec Ankara et Johannesburg, appui aux industries culturelles de la zone CEEAC : autant de leviers présentés comme la preuve d’un « effet démonstrateur ». « Une Unesco plus forte, dynamique et inclusive », proclame M. Matoko. La formule, répétée lors de chaque étape, illustre la volonté de fédérer au-delà du seul continent.

Cap vers les scrutins décisifs

Le calendrier électoral prévoit, pour 2024, une série de consultations informelles parmi les 193 États membres, avant le vote du Conseil exécutif en 2025. D’ici là, la caravane congolaise mettra le cap sur l’Amérique latine, les Caraïbes et la région Asie-Pacifique, zones où se joue souvent l’arbitrage final. Les chancelleries de Kinshasa, Abidjan et Nairobi ont déjà signalé leur soutien, tandis qu’à Paris, la délégation permanente du Congo multiplie les réunions de travail avec les groupes régionaux.

Bien que les observateurs se gardent de tout pronostic prématuré, la dynamique enregistrée à mi-parcours conforte Brazzaville dans sa stratégie de « diplomatie de présence ». Dans un environnement international fragmenté, la candidature Matoko illustre l’effort d’un État africain pour inscrire sa signature dans les politiques normatives mondiales sans rompre avec les équilibres traditionnels. Pour nombre d’analystes, le mouvement est symptomatique d’une Afrique qui, loin de se contenter d’un siège, aspire désormais à écrire la feuille de route.

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