| Politique

Brazzaville fait le bilan de Youth Connekt

Au siège du ministère congolais de la Jeunesse, la réunion du comité de pilotage de Youth Connekt Congo a réuni, le 22 août 2025, décideurs publics, diplomates onusiens et dirigeants d’entreprise afin d’évaluer les avancées du programme et d’en préciser les nouveaux jalons.

Présidée par le ministre Hugues Ngouelondélé, la séance témoigne d’une volonté affirmée de transformer le capital démographique en levier de croissance inclusive, conformément à l’orientation prônée par le président Denis Sassou Nguesso dans le Plan national de développement 2022-2026.

Une initiative continentale adaptée au Congo

Né au Rwanda en 2012, Youth Connekt Africa vise à doter les jeunes des compétences et réseaux nécessaires à l’entrepreneuriat. Sa déclinaison congolaise, lancée le 23 juin 2022, s’est arrimée aux priorités nationales en matière d’emploi et de numérique.

Le programme s’articule autour de trois piliers stratégiques : innovation, leadership et insertion professionnelle. Cette architecture, calquée sur la matrice du PNUD, a été ajustée pour tenir compte des réalités territoriales, notamment le poids de l’économie informelle et la diversité des bassins d’emploi régionaux.

Depuis l’adoption du dispositif gouvernemental Projeunes en juin 2024, Youth Connekt fournit un espace de convergence entre politiques publiques et attentes citoyennes, favorisant une participation accrue des jeunes aux forums de dialogue et aux processus de planification locale.

Des réalisations déjà mesurables

L’accomplissement le plus emblématique demeure la stratégie STAGI, conçue pour insérer 10 000 diplômés, dont 5 000 jeunes femmes, sur un horizon de quatre ans. En trois mois, 2 400 bénéficiaires ont été coachés et 115 ont déjà intégré des structures publiques ou privées en stage.

La première cohorte, accueillie chez Eni Congo, vient de recevoir ses attestations. Selon Abdourahamane Diallo, coordonnateur résident des Nations unies, « l’expérience pilote confirme que le mentorat industriel accélère la montée en compétences techniques et la confiance en soi ».

D’autres résultats illustrent l’effet multiplicateur : 1 200 jeunes filles formées aux métiers du numérique, 36 000 inscrits sur la plateforme de mobilisation citoyenne U-Report et 5 000 adolescents sensibilisés à la santé sexuelle. Chacun de ces indicateurs est vérifié par des audits conjoints PNUD–FONEA.

Le secteur privé comme levier

La lettre d’engagement signée entre FONEA et Eni Congo pérennise un mécanisme gagnant-gagnant : l’entreprise bénéficie de talents locaux tandis que l’État accroît l’employabilité sans alourdir la masse salariale publique. Andrea Barberi, directeur général d’Eni Congo, y voit « un investissement social rentable ».

D’autres opérateurs pétroliers, forestiers et bancaires suivent la même voie, convaincus que la stabilité sociale constitue un facteur de compétitivité. Plusieurs d’entre eux envisagent d’allouer un pourcentage de leur budget RSE au cofinancement de la deuxième cohorte STAGI.

Un cadre de gouvernance multipartite

Le comité de pilotage réunit ministères sectoriels, Nations unies, société civile et patronat. Cette configuration, encore rare dans la sous-région, autorise une circulation rapide de l’information et des arbitrages budgétaires fondés sur l’évidence statistique plutôt que sur des considérations strictement administratives.

Lors de la séance, les partenaires ont entériné un tableau de bord trimestriel avec indicateurs de genre, de localisation et de durabilité. L’objectif consiste à aligner les ressources extérieures sur les zones à forte densité démographique, notamment Brazzaville, Pointe-Noire, Gamboma et Dolisie.

Parallèlement, une cellule d’évaluation indépendante composée d’universitaires congolais et d’experts de l’Organisation internationale du Travail auditera l’impact socio-économique, garantissant la transparence exigée par les bailleurs multilatéraux et consolidant la crédibilité du dispositif.

Cap sur la deuxième cohorte STAGI

L’ouverture des inscriptions en ligne marque une nouvelle phase. Le portail fonea.cg a été optimisé pour réduire la fracture numérique : formulaire léger, compatibilité mobile et points d’accès gratuits dans les cyber-espaces municipaux facilitent l’enrôlement des candidats provenant des districts ruraux.

Selon les projections du ministère, le taux de placement devrait passer de 4,7 % à 8 % en un an si les promesses de financement se concrétisent. Cette progression, bien qu’ambitieuse, reste inférieure aux objectifs du Pacte africain pour l’inclusion socioéconomique des jeunes.

Hugues Ngouelondélé reste néanmoins confiant : « Les premiers signaux démontrent l’appétence du secteur privé. Nous disposerons d’un vivier compétent pour soutenir les projets structurants d’industrialisation et l’économie verte inscrits dans la Feuille de route gouvernementale » a-t-il déclaré devant la presse.

Enjeux socio-économiques et diplomatiques

Pour les chancelleries, Youth Connekt Congo constitue un baromètre de la capacité du pays à absorber son dividende démographique et à offrir un horizon d’espoir, paramètre clé de la stabilité régionale. En investissant dans la jeunesse, Brazzaville projette un signal de coopération constructive.

La réussite du programme pourrait également influencer les négociations bilatérales sur l’allègement de la dette, certains partenaires extérieurs conditionnant leurs appuis budgétaires à des avancées tangibles dans l’emploi des jeunes. Les prochains mois offriront un test grandeur nature à cette diplomatie du résultat.

Sur le plan intérieur, les sociologues soulignent que l’enjeu dépasse la simple réduction du chômage : il s’agit de renforcer le contrat social intergénérationnel. La consolidation de la cohésion nationale passe par la reconnaissance de la jeunesse comme acteur et non comme public cible.

Comments are closed.