Un partenariat bilatéral renforcé
Annoncé à Rome le 19 juin, le mémorandum d’entente entre l’Italie et la République du Congo a franchi une étape le 22 juillet à Brazzaville. L’ambassadeur italien Enrico Nunziata et le ministre Léon Juste Ibombo ont confirmé que le Congo servira de laboratoire africain au plan Mattei.
Ce programme, présenté par Rome comme « le plus ambitieux » de sa feuille de route africaine, table sur l’appui à 500 000 start-up du continent. Brazzaville, choisi en éclaireur, y voit un moyen de diversifier une économie encore tributaire du pétrole.
La jeunesse au cœur de la stratégie numérique
Selon les données du ministère congolais de l’Économie numérique, les moins de 35 ans représentent 60 % de la population et près de 70 % des utilisateurs d’Internet mobile. Ils constituent donc la cible naturelle d’un plan qui articule innovation technologique, entrepreneuriat et insertion professionnelle.
« La jeunesse n’a pas besoin de compassion, elle attend des outils », résume l’enseignante-chercheuse Mado Samba, spécialiste de sociologie économique à l’Université Marien Ngouabi. Pour elle, l’arrivée du plan Mattei offre une fenêtre critique afin de transformer la créativité informelle des quartiers en entreprises structurées.
Formation et transfert de compétences
Le programme entend financer des centres d’incubation connectés aux pôles technologiques de Milan, Turin et Naples. Les start-up congolaises bénéficieront de mentorat italo-congolais, de stages croisés et d’accès privilégiés à des plateformes cloud certifiées, conditions longtemps jugées coûteuses par les entrepreneurs locaux.
L’accord prévoit aussi des bourses en cybersécurité, data science et robotique agricole. « Un transfert de compétences authentique ne se limite pas à des sessions éclairs ; il exige un accompagnement de plusieurs cycles », rappelle le consultant Fabrice Ndala.
Potentiel économique des start-ups congolaises
Malgré un marché intérieur de onze millions d’habitants, le Congo dispose d’avantages compétitifs, notamment une couverture fibre optique régionale et un taux d’électrification urbaine supérieur à 70 %. Des atouts qui pourraient séduire les fonds d’investissement à la recherche de hubs francophones émergents.
Selon l’Agence pour la promotion des investissements, le secteur numérique congolais génère déjà 4 % du PIB et affiche une croissance annuelle de 11 %. L’objectif officiel est d’atteindre 10 % du PIB numérique en 2030, seuil généralement associé à une forte création d’emplois qualifiés.
Accès aux financements, un enjeu critique
En 2023, les start-ups congolaises ont levé moins de dix millions de dollars, quand les jeunes pousses nigérianes mobilisaient plus d’un milliard. Le plan Mattei espère corriger cette asymétrie en apportant des capitaux d’amorçage, mais aussi une visibilité accrue auprès de fonds européens.
La Banque de développement des États d’Afrique centrale envisage de créer un fonds de co-investissement. « Nous financerons les premiers tickets pour réduire les risques », confie un cadre de l’institution, soulignant l’importance d’aligner gouvernance et reporting aux standards internationaux.
Vers un écosystème numérique inclusif
Le gouvernement prévoit des zones économiques numériques à Brazzaville et Pointe-Noire, avec avantages fiscaux, régulation simplifiée et très haut débit, leviers déjà éprouvés en Afrique de l’Est pour capter les investissements.
Les autorités entendent également renforcer la protection des données, un prérequis pour attirer les opérateurs de paiement et les services de cloud. Un projet de loi, élaboré avec l’Agence italienne de coopération, sera soumis au Parlement à la prochaine session ordinaire, indiquent des sources gouvernementales.
Impacts régionaux et diplomatiques
Le choix du Congo comme pilote n’est pas anodin : le pays siège actuellement à la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. Le projet pourra donc servir de vitrine pour une mutualisation des initiatives numériques dans la sous-région.
Sur le plan diplomatique, l’Italie veut compléter sa politique énergétique par un engagement dans l’économie numérique, qualifiée de « carburant de la croissance inclusive » par la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni. Cette stratégie pourrait redéfinir certains équilibres euro-africains.
Pour Brazzaville, ce rapprochement ouvre la possibilité d’attirer d’autres partenaires, notamment la Banque mondiale, déjà impliquée dans la fibre transnationale. « Les signaux envoyés aujourd’hui peuvent déclencher des cofinancements multilatéraux demain », anticipe un diplomate basé à Addis-Abeba, observant la convergence entre coopération, innovation et stabilité.
Perspectives à moyen terme
Les premières cohortes d’entrepreneurs devraient être sélectionnées dès janvier prochain, à travers des hackathons organisés simultanément à Brazzaville, Oyo et Dolisie. Les lauréats accéderont à un financement initial pouvant atteindre 50 000 euros, doublé d’un hébergement gratuit de douze mois dans les incubateurs partenaires.
D’ici trois ans, le ministère entend recenser mille jeunes pousses actives, dont 30 % dirigées par des femmes, objectif aligné sur la feuille de route nationale genre et TIC. À plus long terme, les autorités citent la perspective de hubs spécialisés dans la health-tech et l’agritech.
La réussite du programme dépendra toutefois de la mobilisation du secteur bancaire local et de la sécurisation des infrastructures énergétiques, conditions indispensables pour consolider la confiance des investisseurs. Les parties prenantes assurent avoir intégré ces paramètres, répétant que « l’élan est désormais irréversible ».




