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Un rendez-vous au cœur de Brazzaville

Sous les larges acacias de la corniche de Brazzaville, le village des artisans accueille depuis le 11 août la quatrième édition du Salon des métiers du bois, événement organisé par le ministère des Petites et moyennes entreprises et soutenu par la présidence congolaise.

Sur plus de cinq mille mètres carrés, cent vingt stands exposent mobiliers sculptés, objets de décoration, instruments de musique, attestant de la vitalité d’un savoir-faire qui puise dans les essences locales et les traditions des peuples Kongo, Téké ou Mbochi.

Une vitrine pour la créativité locale

Pour le menuisier Raoul Mayembé, rencontré devant un lit à baldaquin en padouk, la manifestation constitue « une ouverture vers un nouveau segment de clientèle, sensible à la qualité artisanale et prête à payer le vrai prix de la main-d’œuvre », explique-t-il, sourire assuré.

Dans une allée voisine, Jaurès Bantsimba présente un socle-phone façonné dans un morceau de limba, objet qu’il décrit comme « parfaitement enclenché sur les usages numériques » et destiné à substituer avantageusement les accessoires en plastique importés d’Asie.

Le raphia, ressource non ligneuse longtemps marginalisée, trouve également sa scène grâce à Pascal Ngalibo, dont les tableaux en fibres tressées retracent des scènes de marché et de danse : un dialogue esthétique entre forêt marécageuse et mémoire communautaire.

Diversification économique et volonté politique

Selon les données du ministère de l’Économie, la filière bois représente 5,6 % du produit intérieur brut, loin derrière le pétrole mais devant l’agriculture commerciale ; elle emploie officiellement quarante mille personnes, soit l’équivalent de deux pour cent de la population active.

Le gouvernement mise sur des mesures incitatives : zones économiques spéciales, accès facilité au crédit, agréments fiscaux pour le sciage local, autant d’outils destinés à encourager la transformation sur place et à limiter l’exportation de grumes qui prive le pays de valeur ajoutée.

Dans un entretien accordé à notre rédaction, le ministre de l’Industrie, Antoine Nicéphore Fylla, souligne que « la diversification n’est plus un slogan : c’est une injonction économique à laquelle nous répondons par des actes concrets, dont ce salon constitue la vitrine la plus visible ».

Entre durabilité et compétitivité régionale

La gestion durable des forêts reste cependant un enjeu majeur, car 65 % du territoire national demeure couvert de boisements tropicaux, classés pour partie sous concessions industrielles et pour partie en domaines communautaires soumis à des usages coutumiers.

Brazzaville a ratifié en 2021 le partenariat Voluntary Partnership Agreement avec l’Union européenne, engageant les producteurs à prouver la traçabilité légale du bois exporté, une condition de plus en plus recherchée sur les marchés premium d’Europe et du Golfe.

Le Centre national d’inventaire et d’aménagement forestier multiplie les formations pour doter les exploitants de scanners de coupe, tandis que l’Agence française de développement cofinance un programme pilote de certification FSC sur trois cent mille hectares dans la Likouala.

La compétitivité passe également par l’innovation numérique : une plateforme baptisée Kongo-Wood, lancée en avril, met en relation scieries, designers et acheteurs internationaux, avec un système de géolocalisation des stocks qui ambitionne de raccourcir la négociation commerciale et d’accroître la transparence des prix.

Regards croisés d’experts et d’artisans

Alphone Ndongo, économiste basé à Pointe-Noire, rappelle que « la contribution actuelle du bois au PIB pourrait doubler si l’on transformait localement seulement la moitié des volumes exportés à l’état brut », citant l’exemple du voisin gabonais où la mesure a généré huit mille emplois.

Les sociologues de l’Université Marien-Ngouabi observent que l’essor de la micro-industrie du bois modifie la structure des quartiers périphériques : de petits ateliers génèrent des chaînes de sous-traitance féminines autour du ponçage, de la teinture et de l’emballage, créant des solidarités économiques inédites.

De leur côté, les artisans interrogés aspirent à une reconnaissance internationale ; la coopérative Ọkwé, spécialisée dans les coffres à bijoux incrustés de corne, prépare une expédition vers Dubaï en décembre, preuve que la créativité congolaise peut s’inscrire dans les circuits globaux de consommation.

Perspectives structurantes pour la filière

Des contraintes persistent pourtant, en particulier le coût élevé de l’électricité et l’absence de normes harmonisées dans la Communauté économique des États d’Afrique centrale, qui alourdit les formalités pour les entreprises cherchant à livrer leurs meubles à Yaoundé ou à Libreville.

La stratégie nationale 2025-2030 prévoit l’installation d’un parc industriel bois à Maloukou, doté d’un centre de formation technique et d’un guichet unique douanier, infrastructure appelée à réduire les délais logistiques et à accroître la compétitivité hors-taxe des productions locales.

Plusieurs investisseurs brésiliens et turcs, rencontrés sur le salon, ont manifesté leur intérêt pour des coentreprises de placage et de biomasse énergétique.

Au terme des deux semaines d’exposition, les organisateurs espèrent dépasser les vingt mille visiteurs de 2022 ; au-delà du chiffre, l’objectif affiché est de consolider un écosystème où l’artisan, l’industriel, le financier et l’État convergent pour transformer le bois en moteur tangible de développement partagé.

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