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Brazzaville mise sur la finance verte

Des tables rondes animées et des graphiques projetés : la salle de conférence du ministère de l’Environnement bourdonnait, ce 30 septembre, d’un optimisme palpable. Arlette Soudan-Nonault y lançait l’atelier national consacré aux notes conceptuelles du projet Biovev 2030.

Cette rencontre, seconde étape d’un programme né en 2021, doit aligner ambitions climatiques et impératifs de développement. Au cœur des discussions, deux outils financiers encore peu connus du grand public : les paiements pour services environnementaux et les certificats biodiversité.

Les promesses du Biovev 2030

Biovev 2030 veut restaurer la mosaïque d’écosystèmes qui borde le fleuve Congo, tout en générant des emplois durables. Sa philosophie repose sur un principe simple : rémunérer ceux qui protègent la nature, plutôt que réparer plus tard des dégâts coûteux.

Les dialogues territoriaux menés dans les départements de la Cuvette, de la Sangha et du Pool ont fait remonter trente-deux idées de terrain. L’atelier de Brazzaville doit trier, renforcer puis valider ces propositions avant transmission aux bailleurs.

L’Agence française de développement, Expertise France et WWF-France, partenaires clés, attendent des projets techniquement solides et socialement inclusifs. Pour la ministre, le succès dépendra de la capacité à « rendre la finance innovante accessible aux communautés riveraines ».

Le mécanisme des PSE expliqué

Un PSE fonctionne comme un contrat : une communauté ou un exploitant adopte des pratiques vertes, un financeur verse une rémunération indexée sur les services rendus à la société, qu’il s’agisse de carbone stocké, d’eau filtrée ou de paysages préservés.

Planter des haies agroforestières, par exemple, limite l’érosion, augmente la productivité agricole et abrite des auxiliaires de culture. Le paiement reçu permet de compenser les efforts, créant une boucle vertueuse où l’économie locale s’appuie sur l’écologie.

En Amérique latine, des PSE versent déjà l’équivalent de quatre-vingt millions de dollars par an aux agriculteurs. Biovev 2030 ambitionne d’adapter cette réussite aux réalités congolaises, en privilégiant les petites exploitations familiales.

Certificats biodiversité, un nouvel atout

À côté des PSE, les certificats biodiversité jouent la carte de la labellisation. Ils attribuent une valeur monétaire à la protection d’une espèce ou d’un habitat, valeur que les entreprises peuvent acquérir pour démontrer leur engagement RSE.

Selon Zelo Carine Abibi, directrice de WWF Congo, « ces certificats inciteront le secteur privé à investir directement dans les forêts du bassin, sans attendre de contraintes réglementaires ». Le Congo espère ainsi attirer des capitaux inédits.

Voix des acteurs et perspectives

Au micro, Paul Mboumba, porte-parole d’une coopérative de la Sangha, rappelle que « sans sécurisation foncière ni formation, les meilleures incitations resteront théoriques ». Les techniciens du projet promettent un accompagnement juridique et un suivi scientifique.

De leur côté, les banquiers présents insistent sur la nécessité de métriques transparentes. Un représentant d’AFD évoque l’usage de drones et de capteurs low-cost pour mesurer la biomasse, condition préalable au décaissement des fonds.

Impact & solutions

Si cinq mille hectares sont restaurés, Biovev 2030 pourrait séquestrer plus de trois cent mille tonnes de CO2 d’ici 2030, tout en stabilisant les revenus de plusieurs milliers de familles selon les estimations préliminaires du ministère.

Le gouvernement mise sur un cadre légal actualisé, compatible avec l’Initiative africaine de grande muraille verte, afin de pérenniser les paiements au-delà des subventions initiales. Un comité inter-ministériel suivra les résultats chaque trimestre.

À savoir

Le Congo-Brazzaville dispose déjà d’une taxe carbone interne votée en 2022, mais son décret d’application est en cours de finalisation. Les experts jugent que l’arrivée des certificats biodiversité pourrait accélérer la mise en œuvre de ce texte.

Biovev 2030 s’inscrit également dans la stratégie nationale REDD+, ce qui ouvre la porte à des crédits carbone internationaux, complémentaires aux PSE destinés au marché domestique.

Comment y aller

Les sites pilotes se trouvent à moins de deux heures de piste de Ouesso et d’Impfondo. En saison sèche, un véhicule tout-terrain suffit. Les visiteurs doivent cependant informer les autorités locales et respecter les protocoles sanitaires en vigueur.

À Brazzaville, des expositions photo dédiées au projet se tiennent régulièrement au Musée national. Une manière simple de découvrir, avant le terrain, la richesse des forêts et des villages partenaires du programme.

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