Fleuve et forêt : un nouvel horizon communautaire
Sur les rives du fleuve Congo, les clairières s’étendent comme des respirations vertes. Là, des familles expérimentent depuis deux ans une approche inédite : l’« agroforêt des ménages ». Cette formule promet de concilier culture vivrière, revenu et protection du couvert forestier.
Le projet RiFoP, soutenu par des bailleurs internationaux, mise sur cette innovation sociale pour renforcer la foresterie participative. L’idée est simple : transformer chaque foyer agricole en gardien d’un îlot forestier, tout en lui assurant une production diversifiée.
Agroforêts des ménages : mode d’emploi
Dans ce modèle, le ménage, ou un groupe familial élargi, devient l’unité de gestion. On lui attribue une parcelle forestière de taille suffisante pour éviter la saturation foncière et le défrichement définitif.
Au sein de la parcelle, cacaoyers, safoutiers et légumes locaux s’entremêlent aux essences nobles. L’ombre régule l’humidité, la faune pollinise, les sols se reposent. « Nous voulons produire sans appauvrir », résume Jean-Charles Mabiala, agronome du RiFoP.
Un atelier régional très attendu
Le 14 octobre, trente experts venus du Congo et du Cameroun se sont réunis à Brazzaville. Administrations forestières, ONG, bailleurs, tous ont scruté les premiers retours de terrain. L’atelier s’inscrivait dans la sous-composante 2 du projet.
Objectif : comparer les cadres législatifs des deux pays et jauger l’intégration du concept dans les politiques publiques. « Nous avançons pas à pas, mais ensemble », a souligné Anne Ndjoli de la Commission des forêts d’Afrique centrale.
Premiers résultats : espoirs et limites
Sur quinze villages pilotes, dix rapportent déjà un regain de biodiversité et une baisse du brûlis. Les femmes mettent en avant la sécurité alimentaire : « Nos enfants mangent mieux et nous vendons les surplus », témoigne Élise Okou.
Mais la commercialisation reste fragile. Routes dégradées, accès réduit aux semences améliorées, formation encore limitée : autant de freins évoqués durant l’atelier. Les experts parlent de « résultats mitigés », sans pour autant doucher l’enthousiasme des communautés.
Regards croisés Congo-Cameroun sur la loi
Les juristes congolais notent que le Code forestier de 2020 reconnaît déjà la foresterie communautaire. Il faudrait préciser la notion de ménage gestionnaire pour sécuriser l’accès au foncier.
Au Cameroun, la loi foncière offre un cadre flexible mais exige des clarifications sur l’héritage familial. Les deux délégations envisagent un guide commun, à soumettre prochainement aux ministères concernés.
Voix d’experts et de communautés
Pour le socio-économiste Michel Nkodia, « l’agroforêt des ménages change l’échelle de responsabilité : on passe du village à la cour familiale, c’est puissant ».
Côté terrain, les chefs coutumiers voient un atout contre les conflits d’usage. « Chacun connaît ses limites, on négocie moins de terrains », explique le notable Augustin Mikoulou, sourire aux lèvres.
Impact & solutions
Le RiFoP prévoit des pépinières locales pour distribuer 40 000 plants supplémentaires en 2024. Un fonds rotatif, géré par les groupements féminins, financera les petits équipements et l’entretien des pistes rurales.
Des formations en comptabilité simplifiée et en agro-écologie sont planifiées. Les partenaires techniques veulent aussi tester des applications mobiles de suivi, afin de mesurer en temps réel la croissance des arbres et les rendements agricoles.
À savoir
Les agroforêts des ménages s’implantent prioritairement en périphérie des aires protégées où la pression agricole est élevée. Chaque parcelle pilote couvre entre deux et cinq hectares, attribuée pour une durée de trente ans renouvelable.
Le projet est cofinancé par l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale et par le Fonds pour l’Environnement Mondial, avec un accompagnement technique de la FAO.
Comment y aller
Depuis Brazzaville, il faut compter quatre heures de route pour rejoindre la zone pilote de Boko. La piste est praticable de juillet à février, hors grandes pluies. Des cases d’hôtes tenues par des coopératives accueillent les visiteurs curieux de ce modèle forestier.
Les voyageurs sont invités à se munir de bottes, à respecter les consignes des guides locaux et à privilégier les produits frais achetés sur place afin de soutenir l’économie villageoise.





