Bassin du Congo, laboratoire vert
Brazzaville fourmille d’espoir. Trois jours d’échanges ont modelé un portefeuille de projets climatiques destiné à hisser le bassin du Congo au rang de laboratoire mondial de l’économie verte. Au cœur de la manœuvre, le Fonds bleu veut convertir l’eau et la forêt en leviers de prospérité.
La réunion, présidée par la ministre Arlette Soudan-Nonault, a rassemblé dix-sept pays, des bailleurs publics et des banques de développement. Objectif partagé: préparer la table ronde des investisseurs prévue en marge de la COP30 au Brésil, puis celle de Brazzaville en mai 2026.
Une sélection de 43 projets à fort impact
Au terme des délibérations, quarante-trois projets ont été retenus, dont trente-trois nationaux et dix régionaux. L’ensemble couvre l’énergie propre, l’agroforesterie, la navigation fluviale durable et la valorisation des tourbières, avec une ambition claire : générer des emplois et absorber des millions de tonnes de carbone.
Le diagnostic stratégique de Brazzaville
Les sessions techniques ont permis d’harmoniser critères, feuilles de route et méthodes de suivi, assurent les experts de la Commission climat du bassin du Congo. Chaque fiche projet a été passée au scanner: cohérence régionale, rentabilité sociale, mécanismes de financement et potentiel d’essaimage.
« Nous avançons sur du concret », souligne Mme Soudan-Nonault, rappelant que le bassin stocke trois cents gigatonnes de carbone dans ses écosystèmes. Elle insiste sur la création d’emplois verts et la circulation de savoir-faire locaux afin que la transition profite d’abord aux communautés riveraines.
Une alliance régionale consolidée
De l’Angola au Maroc, les délégations ont affiché une unité rare. Selon la CCBC, ce front commun augmente les chances d’attirer des capitaux, car les investisseurs recherchent des programmes transfrontaliers capables de mutualiser les risques et de garantir des retombées à l’échelle du bassin.
Tourbières géantes, trésor carbone
Le projet phare concerne la gestion durable des tourbières couvrant 165 500 km² entre le Congo et la RDC. Cet écosystème gorgé d’eau conserve jusqu’à trente milliards de tonnes de CO₂, soit l’équivalent de trois ans d’émissions mondiales. Sa protection devient un enjeu planétaire.
Lac Tanganyika, prototype d’écologie intégrée
Autre initiative emblématique, l’aménagement intégré du lac Tanganyika, partagé par quatre pays, vise à limiter la sédimentation, développer la pêche durable et stimuler l’écotourisme. Pour les communautés riveraines, le programme promet des revenus stables, des bateaux solaires et une filière piscicole modernisée.
BDEAC, architecte financier
La Banque de développement des États de l’Afrique centrale se positionne comme gestionnaire du fonds fiduciaire et architecte financier. Son vice-président Jean Paterne Megne Ekoga annonce des instruments de garantie non spéculatifs afin de sécuriser les flux tout en maintenant des taux adaptés aux réalités locales.
AFD et France, alliés durables
L’Agence française de développement, pionnière du dispositif, rappelle les 79 millions d’euros déjà injectés pour consolider les programmes régionaux. « Le Fonds bleu cristallise une vision africanocentrée », affirme son directeur Antoine Chevalier, évoquant une « coopération égalitaire » où l’expertise européenne complète l’ingénierie locale.
Comment y aller
Brazzaville est desservie quotidiennement par des vols directs depuis Paris et Addis-Abeba, et via des connexions régionales depuis Kinshasa ou Libreville. Un visa d’entrée s’obtient en ligne en moins d’une semaine. La capitale est un hub idéal pour visiter les aires protégées du sud-Congo.
À savoir
Créé en 2017, le Fonds bleu est l’outil financier de la Commission climat du bassin du Congo, elle-même adossée à l’Initiative africaine pour l’adaptation. Son plan d’investissement global comprend 254 projets chiffrés à dix milliards de dollars, dont les 43 actuels ne représentent qu’un premier module.
Les projets sont sélectionnés selon un barème validé par l’Union africaine : contribution à la neutralité carbone, gouvernance inclusive, viabilité financière et retombées pour la jeunesse. Une plateforme numérique permettra bientôt de suivre l’avancement en temps réel et de tracer chaque dollar versé.
Impact & solutions
D’après les scénarios livrés à Brazzaville, le portefeuille pourrait éviter l’émission de 180 millions de tonnes de CO₂ d’ici 2035, restaurer vingt millions d’hectares de forêts et créer 350 000 emplois décents, principalement pour les jeunes et les femmes rurales.
Ces chiffres reposent sur des mécanismes de paiement pour services écosystémiques, le marché volontaire du carbone et la vente d’énergie propre. Les partenaires tablent sur un effet multiplicateur : chaque dollar public doit attirer trois dollars privés, accélérant la transition sans alourdir la dette des États.
Vers Belém et Brazzaville 2026
Les porteurs de projets se donnent désormais rendez-vous le 7 novembre à Belém, puis dans deux ans à Brazzaville, pour convertir les promesses en contrats. « La satisfaction de la Commission sera notre credo », martèle la BDEAC, convaincue que le bassin du Congo entre dans une nouvelle ère.





