Une cérémonie symbolique à Oyo
En avance sur le calendrier officiel, le Président Denis Sassou Nguesso a donné, le 2 novembre à Oyo, le coup d’envoi de la 39ᵉ Journée nationale de l’Arbre, un rituel instauré depuis 1984 pour rappeler à chaque citoyen son rôle de planteur.
Sous un soleil tamisé, élèves, soldats et responsables locaux ont ancré leur houe dans la latérite du lycée d’Excellence. Chaque geste, filmé par les télévisions, traduisait un message simple : la forêt congolaise est la première alliée du climat et de la santé collective.
ProNAR : planter pour l’avenir
Le Programme national d’Afforestation et de Reboisement, ProNAR, a choisi un terrain de 2,5 hectares pour installer une micro-forêt modèle. « Nous allons implanter mille jeunes plants espacés de cinq mètres, enrichis d’engrais organique », résume François Mankessi, coordinateur par intérim du projet.
L’initiative s’inscrit dans la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, dont le Congo-Brazzaville s’est proclamé champion. Le mot d’ordre affiché sur les banderoles, « Un arbre, une forêt, une plantation », reflète cette ambition de multiplier les bosquets urbains.
Un lycée pilote au cœur de la forêt
Le choix du lycée d’Excellence n’est pas anodin. L’établissement forme l’élite scientifique de demain; il deviendra aussi un laboratoire vert où les élèves mesureront la croissance des Terminalia mantaly ou le pH des composts réalisés sur place.
« Les cours de biologie quitteront la salle pour le terrain », explique une professeure, sourire aux lèvres. Aux heures chaudes, les allées ombragées deviendront un havre de lecture, favorisant concentration et créativité, deux atouts précieux pour les futures promotions.
Des essences locales aux fruits partagés
Le design du site juxtapose un jardin d’ornement de 900 Terminalia mantaly et un verger expérimental de cent arbres fruitiers, parmi lesquels manguiers greffés, safoutiers et avocatiers. Les variétés ont été choisies pour leur adaptation et leur mise à fruit rapide, deux à trois ans seulement.
Cette mosaïque végétale répond à un double objectif : embellir le cadre et améliorer la sécurité alimentaire à l’échelle du campus. Les fruits récoltés iront d’abord aux cantines, puis aux marchés solidaires d’Oyo, preuve qu’esthétique et nutrition peuvent faire racine commune.
Agroforesterie, leçon grandeur nature
Entre les rangs d’arbres, ProNAR sèmera du maïs selon les principes d’agroforesterie. Les résidus enrichiront le sol, limiteront l’érosion et généreront un revenu complémentaire pour l’entretien. La parcelle devient ainsi un manuel vivant sur l’économie circulaire appliquée à la terre.
Les trous de plantation, larges de soixante centimètres pour les fruitiers, reçoivent un mélange broyé de Tithonia diversifolia et d’Echinochloa pyramidalis. Cette recette locale illustre la valeur des matières organiques souvent considérées comme déchets, transformées ici en booster naturel de croissance.
Regards diplomatiques et scolaires
Invitée d’honneur, l’ambassadrice de France, Claire Bodonyi, a salué « un acte national qui rassemble ». Elle a rappelé que la démographie et les appétits économiques menacent la canopée congolaise, d’où l’urgence de réinventer la relation entre habitants et forêt.
Les lycéens ont retenu la leçon. « Planter, c’est écrire notre nom dans le futur », lance Mireille, 17 ans, déjà déterminée à créer un club environnement. L’événement démontre que la diplomatie verte commence souvent par un simple plant bien arrosé.
Comment y aller
Oyo se situe à 400 kilomètres de Brazzaville, accessible par la Route nationale 2 en huit heures de bus ou une heure de vol depuis Maya-Maya. Le lycée d’Excellence, bordant le fleuve Alima, se visite sur autorisation préalable de la direction.
À savoir
La Journée nationale de l’Arbre est fixée chaque 6 novembre, mais les autorités peuvent avancer la date pour des raisons logistiques. Tout citoyen peut obtenir des plants gratuits auprès des antennes régionales du ProNAR à condition de renseigner une fiche de suivi.
Impact & solutions
Si chaque Congolais plantait ne serait-ce qu’un arbre par an, dix-six millions de jeunes pousses renforceraient la ceinture forestière. Avec ses parcelles pilotes, ProNAR veut prouver qu’un reboisement raisonné, adossé à l’éducation et à la diplomatie, peut faire germer un Congo réellement florissant.





