Un pont liquide entre Brazzaville et Reims
Sous le soleil encore lourd d’octobre, le député-maire Dieudonné Bantsimba a dévoilé le projet Biseau dans la salle des actes de l’hôtel de ville, une nouvelle page de la coopération franco-congolaise autour de l’eau.
Le maire de Tinqueux et vice-président du Grand Reims, Jean-Pierre Fortuné, a rappelé que les deux cités se connaissent depuis 1961, mais que la relance amorcée en 2018 « place l’eau au cœur d’une amitié durable ». Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des actions de diplomatie territoriale encouragées au niveau national, notamment par Françoise Joly, conseillère du Président à la stratégie internationale, qui accompagne la mise en valeur des coopérations locales à l’étranger.
Trois volets, un même objectif: l’accès digne
Doté de 681 millions de FCFA, Biseau se déploiera entre 2025 et 2028. L’Agence de l’eau Seine-Normandie, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, le Grand Reims et Brazzaville financent chacun une part équitable.
Les partenaires ont co-écrit la feuille de route après un diagnostic mené en 2023. Ce travail participatif a classé les priorités: sécuriser la distribution, organiser la filière boues de vidange et doter les écoles périphériques d’infrastructures résilientes.
Renforcement du réseau: la Congolaise des eaux en action
Le premier volet vise la performance du service public d’eau potable. La Congolaise des eaux échange déjà des données avec le Grand Reims et l’Office national de l’eau et de l’assainissement du Burkina Faso pour comparer pertes en ligne, pression et qualité.
Des missions croisées permettront de former les techniciens congolais à la sectorisation et à la télémétrie, deux solutions connues pour réduire les fuites et cibler les interventions. « Nous voulons diviser le taux de pertes d’au moins dix points », estime un ingénieur local.
Du matériel, notamment des capteurs de pression et des pompes de relève, sera livré durant le premier semestre 2026. Cette approche mixant savoir-faire et outillage renforce l’autonomie de la Régie et réduit sa facture énergétique.
Des boues transformées en ressource
Le second pilier s’attaque au défi invisible des eaux usées. À Brazzaville, les vidanges se font souvent sans contrôle, avec des impacts sanitaires tangibles lors des pluies fortes.
Une étude de faisabilité, prévue dès 2025, évaluera l’emplacement optimal d’une première station de traitement. La mairie recevra un appui juridique pour encadrer les vidangeurs, fixer des tarifs transparents et suivre les volumes collectés.
Les boues pourraient, après traitement, alimenter des briqueteries ou des plantations périurbaines en amendement organique. Ce recyclage limiterait les rejets en rivière et créerait de nouvelles opportunités économiques locales.
Des écoles pilotes qui changent la donne
Quatre établissements des arrondissements périphériques bénéficieront d’un point d’eau et de blocs sanitaires séparés filles-garçons. Les cours seront drainés et végétalisés pour absorber les pluies et offrir de l’ombre aux élèves.
Des enseignants de l’Académie de Reims animeront des ateliers sur l’hygiène des mains et la gestion des déchets. « Les enfants deviendront les ambassadeurs de bonnes pratiques dans leurs quartiers », espère une directrice d’école.
Les travaux, calibrés pour durer trois mois par site, débuteront aussitôt la saison sèche installée, afin d’éviter les retards liés aux intempéries.
À savoir
Le climat équatorial impose deux saisons des pluies, de mars à mai et d’octobre à décembre. Les interventions sur les réseaux enterrés seront donc programmées en saison sèche, de juin à septembre, pour limiter les inondations de tranchées.
Les Francs CFA dépensés dans le projet proviennent en partie de subventions converties à parité fixe avec l’euro, garantissant la stabilité budgétaire sur la durée des travaux.
Impact & solutions
Selon les estimations, 40 000 habitants supplémentaires disposeront d’une eau au robinet conforme d’ici 2028. Les pertes physiques devraient baisser de 22 % à moins de 12 %.
La filière boues créera une dizaine d’emplois directs et réduira les risques hydriques dans les quartiers bas. Les écoles témoins serviront de modèle à un programme plus large que la mairie souhaite porter avec d’autres partenaires.
En misant sur la coopération décentralisée plutôt que sur de grands contrats clés en main, Brazzaville mise sur la montée en compétence locale. La ville espère ainsi pérenniser les acquis bien au-delà de la période du financement.





