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Un cérémonial diplomatique à Brazzaville

Le vendredi 27 juin 2025, dans les salons feutrés du ministère des Affaires étrangères à Brazzaville, Jean-Claude Gakosso a reçu les lettres de créance du Dr Vincent Dossou Sodjinou, devenu officiellement Représentant résident de l’Organisation mondiale de la santé en République du Congo.

Le cérémonial, codifié par la diplomatie, a inauguré une séquence stratégique : consolider des relations déjà anciennes entre l’agence onusienne et les autorités congolaises, sous l’égide du président Denis Sassou Nguesso, particulièrement attaché à l’amélioration mesurable des indicateurs de santé publique.

Diplomatie sanitaire renforcée

Pour le ministre, l’OMS est un partenaire décisif, à condition que la coopération respecte la souveraineté et les choix politiques congolais. Un rappel formulé après la visite à Genève en mai, qui balise un cadre de travail fondé sur la confiance.

Dr Sodjinou a, de son côté, transmis les salutations du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus et affirmé sa « fierté de servir le peuple congolais ». Son discours a insisté sur l’appui technique adapté aux priorités nationales et sur l’accélération de la marche vers la couverture sanitaire universelle.

Un parcours forgé dans l’urgence

Médecin béninois titulaire d’un doctorat en santé publique, Vincent Dossou Sodjinou a débuté il y a vingt-quatre ans dans les soins primaires. Ses passages au Bureau régional africain puis au Hub des urgences de Dakar l’ont confronté aux grands défis épidémiologiques.

Au Congo, il assurait l’intérim depuis septembre 2024, pilotant la réponse à une flambée de rougeole et soutenant la révision du Plan national de développement sanitaire. Cette connaissance des dossiers devrait, selon son équipe, limiter la phase d’adaptation.

Soins primaires et gouvernance

Premier axe partagé : la montée des soins primaires. Le Congo souhaite que 80 % des structures offrent, d’ici 2028, un paquet minimal de services, contre 63 % aujourd’hui, indiquent les services du ministère de la Santé.

L’OMS apportera un soutien à la formation infirmière, à la mise à jour des guides cliniques et à la numérisation des données. Une mission conjointe prévue début 2026 dressera l’inventaire des besoins logistiques dans les districts frontaliers du Pool et de la Sangha.

Second pilier, la gouvernance. Brazzaville veut renforcer la gestion budgétaire du secteur, encore trop dépendante de partenaires extérieurs. Des ateliers trimestriels de la commission mixte OMS-Gouvernement passeront au crible les indicateurs financiers, avec l’objectif de publier un tableau de bord transparent dès 2026.

Financement et contexte global

La nomination intervient alors que l’OMS fait face à des contraintes budgétaires. Ancien membre du comité financier, le Dr Sodjinou juge possible d’accroître les ressources domestiques, grâce notamment à une taxe santé sur les alcools et à l’augmentation graduelle du budget national.

Les comptes publics reflètent cette volonté. La part des dépenses de santé est passée de 5,2 % du PIB en 2020 à 6 % en 2024. Brazzaville vise 7 % en 2027, un progrès salué par les partenaires, sous réserve d’une exécution budgétaire fluide.

Santé dans toutes les politiques

Le concept, promu par l’OMS, consiste à inscrire l’impact sanitaire dans chaque politique sectorielle. Le ministère des Transports prépare ainsi un plan de réduction des accidents de la route, première cause de mortalité des 15-29 ans, tandis que l’Agriculture travaille sur l’enrichissement nutritionnel du manioc.

Pour le sociologue Guy-Roger Mabiala, professeur à l’Université Marien-Ngouabi, « cette approche intersectorielle favorise l’appropriation citoyenne des politiques publiques ». Selon lui, l’arrivée d’un représentant OMS habitué aux mécanismes d’urgence pourrait accélérer la translation des bonnes pratiques vers les municipalités.

Suivi des engagements internationaux

Le Congo a ratifié l’Agenda 2030 et l’Accord de Addis-Abeba sur le financement du développement. Le nouveau représentant devra suivre l’alignement des feuilles de route nationales sur ces cadres, notamment la réduction de la mortalité maternelle à 140 pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030.

Une revue à mi-parcours est programmée pour 2026. Les autorités espèrent que les indicateurs intermédiaires, dont la couverture vaccinale contre la poliomyélite, dépasseront alors 95 %. Le précédent cycle avait plafonné à 89 %, en raison des perturbations liées à la pandémie de Covid-19.

Perspectives d’impact sociétal

Au-delà des chiffres, la présence d’un représentant expérimenté suscite des attentes en matière d’innovation sociale. Les organisations de la société civile souhaitent un dialogue régulier sur l’accès aux médicaments et la surveillance communautaire des épidémies, deux leviers essentiels pour renforcer la résilience des populations rurales.

Interrogé, le président du Conseil consultatif de la jeunesse, Arnauld Okemba, estime que « la santé est un capital productif ; la stabilité sociale en dépend directement ». Il espère que la nouvelle équipe de l’OMS soutiendra une plateforme numérique de suivi citoyen actuellement en phase pilote à Pointe-Noire.

La cérémonie de Brazzaville acte donc un tournant discret mais déterminant. Entre maîtrise budgétaire, extension des soins primaires et diplomatie sanitaire, le mandat du Dr Sodjinou s’annonce dense. Les observateurs retiennent surtout la convergence d’intérêts : santé publique robuste et rayonnement multilatéral renforcé au cœur de l’Afrique centrale.

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