Un tournant juridique attendu
Le long couloir du ministère de la Justice bruissait d’espoir lorsque, fin décembre, juristes, ONG et représentants autochtones ont bouclé un texte essentiel.
Le projet de décret sur la sécurisation des droits fonciers coutumiers, fort de quarante articles détaillés, vient répondre à une attente vieille de dix ans.
Validé à Brazzaville, il précise comment identifier, délimiter et protéger les terres ancestrales, pierre angulaire de la subsistance des peuples forestiers.
Processus participatif salué par les communautés
L’élaboration s’est voulue inclusive. Au siège du Cercle d’actions pour la gestion durable des forêts, pygmées et bantous ont débattu côte à côte.
« Nos récits et nos cartes ont enfin été entendus », témoigne Mélanie Nguéla, porte-voix d’un village de la Sangha, souriant après avoir vu son territoire apparaître sur le plan.
Les contributions recueillies ont façonné le texte, gommant le jargon administratif pour y glisser des repères oraux, des bornes naturelles, et la notion de consentement libre et éclairé.
Paroles d’experts et d’acteurs
Justin Assomoyi, directeur général de la promotion des peuples autochtones, insiste sur l’enjeu économique : « Garantir l’accès à la terre, c’est soutenir l’autonomie et la dignité. »
Erick Chrysosthome Nkodia, du Centre d’encadrement communautaire pour le développement, appelle les bailleurs à poursuivre l’accompagnement technique, soulignant « la portée historique d’un décret coconstruit ».
L’Observatoire congolais des droits de l’homme salue « un précédent qui place la gouvernance foncière au cœur de la lutte contre la pauvreté rurale ».
Enjeux écologiques de la sécurisation foncière
Dans le bassin du Congo, les forêts communautaires stockent chaque année des millions de tonnes de carbone, selon des études relayées par le Projet Proclimat.
Sans titre légal, ces espaces restent vulnérables aux coupes illicites. L’insécurité foncière alimente un cercle vicieux où communautés et biodiversité perdent ensemble.
Le futur décret devrait renforcer la surveillance participative des clairières, favoriser l’agro-écologie et consolider les engagements du pays dans la stratégie régionale Climat-Forêt.
Étapes restantes avant promulgation
La validation technique accomplie, le texte sera transmis au Conseil des ministres, puis soumis à la signature présidentielle.
Des ateliers provinciaux sont prévus pour vulgariser les dispositions auprès des chefs de clan, des tribunaux coutumiers et des services cadastraux.
Plusieurs ONG proposent déjà des sessions de cartographie participative afin que, le jour venu, chaque communauté dispose d’un dossier solide à déposer.
Comment y aller
Djiri se situe à une trentaine de minutes du centre de Brazzaville par la route de Kinkala; mieux vaut privilégier un véhicule haut sur roues durant la saison des pluies.
Les réunions se tiennent souvent dans les locaux du CAGDF, reconnaissables à leur fresque verte représentant un fromager géant, point de repère pour les visiteurs.
À savoir
La loi 5-2011 constitue la première reconnaissance juridique des peuples autochtones en Afrique centrale; le décret en sera l’outil d’application concret.
Les terres coutumières ne pourront être cédées ou louées sans accord communautaire consigné par écrit, un mécanisme inspiré du principe de consentement préalable.
Impact & solutions
Pour la société civile, la mesure redonne aux gardiens de la forêt la capacité d’en vivre durablement, limitant l’exode tout en renforçant la cohésion locale.
Les services forestiers envisagent d’intégrer les patrouilles villageoises au système national de suivi satellite, offrant une réponse rapide aux alertes de déforestation.
Des coopératives de miel forestier et de cacao écologique se préparent déjà, prouvant que sécuriser la terre, c’est aussi ouvrir des filières vertes créatrices d’emplois.





