Brazzaville lance sa révolution alimentaire
Sous le plafond lambrissé d’un hôtel du centre de Brazzaville, l’annonce a résonné comme un top départ. Le 29 décembre, le ministère de l’Agriculture et la FAO ont officiellement lancé le Projet d’appui à la dynamisation de la coordination des systèmes alimentaires.
Autour des tables, représentants ministériels, ONG, entreprises agroalimentaires et associations paysannes ont serré les coudes. Leur ambition: écrire une feuille de route capable de relier politiques publiques, initiatives locales et engagements internationaux pour qu’aucun ingrédient du développement durable ne reste à part.
Pourquoi une coordination nationale?
Le Congo dispose déjà de stratégies sectorielles pour l’agriculture, la nutrition ou le climat, mais ces documents peinent à dialoguer entre eux. « Nous voulons une même table et un même calendrier », a expliqué Pascal Robin Ngoka, directeur de cabinet du ministre, en présentant le programme.
La plateforme prévue doit recueillir des données, harmoniser les indicateurs, suivre les budgets et diffuser de bonnes pratiques, qu’il s’agisse de semences améliorées ou de menus scolaires enrichis. Elle servira aussi de boussole pour les bailleurs souhaitant aligner leurs financements sur les priorités nationales.
Voix des partenaires
« Transformer nos systèmes alimentaires n’est pas une option, c’est une nécessité », a rappelé Techel Ekoungoulou, chargé de programme à la FAO. Selon lui, l’atelier brazzavillois constitue « un moment décisif » pour mobiliser scientifiques, collectivités et secteurs privés autour d’objectifs nutritionnels communs.
La société civile, représentée par la Plateforme congolaise pour l’agriculture familiale, insiste de son côté sur la place des femmes rurales. « Elles portent la production vivrière ; leur voix devra compter dans chaque comité », martèle Mireille Louma, coordinatrice d’un réseau d’exploitantes de Makoua.
Défis climatiques et nutritionnels
Le Congo n’est pas épargné par les inondations liées au dérèglement du régime pluviométrique. Des villages entiers de la Cuvette ont vu leurs champs de manioc noyés ces deux dernières saisons. La question n’est plus seulement de produire, mais de sécuriser des filières résistantes au climat.
En ville, la malnutrition cachée persiste: excès de sucre, manque de micronutriments et flambée des importations. Le projet entend soutenir les micro-entreprises valorisant les fruits du terroir, comme le safou ou le moringa, pour reconquérir les assiettes et réduire l’empreinte carbone des cargos.
Financement et calendrier
Doté d’une enveloppe initiale de trois millions de dollars, co-financée par la FAO et le gouvernement, le programme couvre trois ans. La première phase se concentre sur la collecte de données dans les douze départements afin d’établir une cartographie précise des maillons forts et fragiles.
Dès 2025, un tableau de bord public devrait afficher l’avancement des actions: réhabilitation de pistes rurales, installation de silos communautaires ou formation des cantinières scolaires. Cette transparence est vue comme un gage de confiance pour attirer de nouveaux partenaires, notamment la Banque africaine de développement.
Comment y aller
Les ateliers se tiennent au siège du Programme national de sécurité alimentaire, avenue Amilcar Cabral. Depuis l’aéroport international Maya-Maya, un taxi atteint le site en vingt minutes. Les visiteurs étrangers peuvent obtenir un visa économique à l’arrivée, muni d’une lettre d’invitation du ministère de l’Agriculture.
À savoir
Le Congo s’est engagé dans la Décennie des Nations unies pour l’agriculture familiale, plaidant pour une hausse de 20 % de la production vivrière d’ici 2030. Le manioc, le bananier plantain et l’arachide représentent actuellement plus de la moitié des apports caloriques nationaux.
Impact & solutions
En ciblant la coordination plutôt que des projets isolés, Brazzaville espère amplifier l’impact. Un recensement unifié des besoins permettra de mutualiser les entrepôts frigorifiques, réduire les pertes post-récolte et orienter les crédits carbone vers les exploitations agro-écologiques certifiées, ouvrant ainsi un nouveau marché pour les agriculteurs.
Des universités comme Marien-Ngouabi proposeront des masters dédiés à la gouvernance alimentaire. Les jeunes diplômés pourront intégrer les équipes techniques et insuffler un regard scientifique sur la qualité des régimes, de l’analyse isotopique des sols jusqu’au suivi digital des prix sur les marchés.
Perspectives
Dans l’attente des premières évaluations, l’air est à l’optimisme prudent. « Chaque pas compte, même le plus petit », sourit un maraîcher de Goma-Tsé-Tsé venu témoigner. Si la coordination tient ses promesses, le fleuve Congo pourrait bientôt porter, dans son cours, l’image d’une assiette plus juste.





