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Une filière vitale pour la souveraineté alimentaire

Dans la chaleur moite de la plaine de la Likouala, on distingue déjà les nouvelles parcelles témoignant d’un tournant majeur: soixante jeunes agriculteurs, issus des Zones agricoles protégées de la Cuvette et de la Cuvette-Ouest, se forment intensivement au manioc durable.

L’initiative, lancée le 15 septembre pour quinze jours, associe le ministère de l’Agriculture et l’Académie chinoise des sciences agricoles tropicales, témoignant d’une coopération scientifique croissante, axée sur la lutte contre l’insécurité alimentaire et la valorisation des produits locaux.

Le manioc représente près d’un tiers des apports caloriques au Congo-Brazzaville, et sa transformation en gari, foufou ou tapioca assure revenus et stabilité nutritionnelle à des milliers de familles rurales, explique l’agronome Sylvie Eyango du Centre national de recherche agronomique.

Pourtant, les rendements plafonnent souvent à dix tonnes par hectare, loin du potentiel estimé à vingt-cinq tonnes, en raison de maladies virales et de techniques culturales désuètes; d’où la nécessité d’une mise à niveau collective et rapide des producteurs.

Un partenariat agricole sino-congolais

Lors de la cérémonie d’ouverture, le vice-président Li Jihua a salué «un échange gagnant-gagnant, où l’expertise chinoise en sélection variétale rencontre la résilience congolaise sur le terrain» (Agence Congolaise d’Information).

Des virologues venus de Hainan dissèquent les souches locales de mosaïque du manioc, tandis que des ingénieurs agronomes congolais testent des boutures améliorées capables de résister à la sécheresse et de mûrir en huit mois, contre douze auparavant.

Le ministre Paul Valentin Ngobo y voit «un jalon clé vers la souveraineté alimentaire et la création d’emplois verts pour la jeunesse rurale», exhortant les stagiaires à devenir à leur tour formateurs dans leurs dix districts d’origine.

Les Zap, des laboratoires à ciel ouvert

Créées pour sécuriser les terres agricoles contre l’urbanisation anarchique, les Zones agricoles protégées offrent un maillage de 52 000 hectares irrigués, où l’on expérimente des associations manioc-maïs-soja capables d’enrichir le sol sans intrants chimiques massifs.

Sur une parcelle pilote proche d’Owando, des capteurs mesurent l’humidité à trente centimètres de profondeur et ajustent la micro-irrigation solaire; un détail technologique somme toute modeste mais qui réduit de 40 % la consommation d’eau, selon l’ingénieur Samy Mabiala.

Sur le terrain: 60 ambassadeurs du manioc

Les soixante stagiaires, âgés de 20 à 35 ans, alternent cours théoriques et démonstrations in situ, maniant microscopes le matin pour détecter les nématodes, puis machettes et houes l’après-midi pour tester la densité idéale de plantation.

«Nous voulons passer de simples cultivateurs à véritables entrepreneurs ruraux», confie Bodech Barech Andire, son carnet déjà rempli de schémas de fours améliorés pour sécher la racine sans fumée et préserver la vitamine A.

La formation inclut aussi une sensibilisation aux normes sanitaires, condition sine qua non pour décrocher un jour le précieux label «Made in Congo» exportable vers la CEMAC, voire au-delà, souligne la technologue alimentaire Mireille Ossété.

Comment y aller

Brazzaville est reliée à Owando par un vol quotidien de la compagnie nationale, puis une piste latéritique conduit en deux heures vers les Zap de la Cuvette; la saison sèche, de juin à septembre, garantit un accès plus aisé aux fermes expérimentales.

À savoir

Les participants reçoivent un kit de démarrage comprenant 2 000 boutures certifiées, un manuel de bonnes pratiques et un accès gratuit de six mois à la plateforme de conseil agricole par SMS, financée par un partenariat public-privé congolais.

En cas de réussite, chaque stagiaire pourra bénéficier d’un micro-crédit plafonné à 2 millions de francs CFA pour étendre sa superficie ou acquérir un petit équipement de transformation, précise le directeur du Fonds national de développement agricole.

Impact & solutions

À l’échelle nationale, le programme vise un doublement de la production de manioc d’ici trois ans, réduisant de moitié les importations de farine de blé tout en stockant davantage de carbone dans les sols grâce aux cultures intercalaires légumineuses.

Les experts estiment que 3 000 emplois directs pourraient émerger des mini-usines de gari décentralisées, réduisant les trajets logistiques et les émissions associées; un cercle vertueux qui combine lutte contre la pauvreté et action climatique.

À l’issue de ces quinze jours, les stagiaires rentreront dans leurs villages avec des semences, des données et surtout un récit: celui d’un pays qui, par la science et la coopération, fait du manioc un pilier d’avenir pour sa sécurité alimentaire.

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