Kintélé en ébullition scientifique
Sous le soleil de Kintélé, la deuxième semaine des activités scientifiques de la Faculté des sciences appliquées s’ouvre dans une atmosphère d’effervescence. Chercheurs, étudiants et industriels se pressent dans le grand amphithéâtre, conscients que la science, ici, ne se contente plus d’observer ; elle veut transformer.
La recherche appliquée, socle de solutions durables
Placé sous le thème « La recherche appliquée : solutions durables pour les entreprises et les populations », l’évènement revendique un objectif clair : relier les paillasses des laboratoires aux réalités du terrain. Le doyen Arnaud Wilfrid Etou Ossibi y voit « un moment d’éveil indispensable à l’épanouissement et à la compétitivité nationale ».
Expositions, posters et concours de projets rythment les couloirs. Le meilleur logo, la meilleure communication et le meilleur prototype seront primés, autant de motivations pour de jeunes cerveaux qui imaginent déjà recycler le plastique, optimiser l’énergie solaire ou cartographier les zones humides du bassin du Congo.
Déchets ménagers, la piste Nzila
En ouverture, Jean De Dieu Nzila se penche sur la montagne de déchets ménagers qui encombre les villes congolaises. Ses travaux identifient des filières de tri, de compostage et de valorisation énergétique adaptées aux réalités économiques locales, réduisant jusqu’à 60 % le volume des ordures mis en décharge, d’après ses données préliminaires.
Géopolymères, pari vert du ciment
Le Camerounais Antoine Elimbi déroule ensuite les vertus des géopolymères, ces liants dérivés de cendres volcaniques ou industrielles. Leur fabrication rejette cinq fois moins de CO₂ qu’un ciment classique, une perspective précieuse pour les chantiers urbains de l’Afrique centrale où la construction connaît un essor soutenu.
Réseau panafricain de cerveaux
Trente enseignants-chercheurs étrangers, venus du Benin, du Burkina Faso, du Gabon et du Niger, croisent leurs approches. Entre deux visites des laboratoires, ils dessinent une plate-forme régionale pour partager bases de données, logiciels et équipements coûteux, réduisant la fracture scientifique entre capitales africaines et centres mondiaux de recherche.
Regards d’étudiants, rêves concrets
Dans la cour, Mireille, étudiante en génie civil, filme un prototype de brique en latérite stabilisée. « Construire moins cher et plus vert, c’est possible », sourit-elle. Son camarade Fabrice teste, lui, un capteur à bas coût pour mesurer la qualité de l’air dans les quartiers populaires de Brazzaville.
À savoir
La semaine scientifique s’étend jusqu’au 11 octobre. Conférences, visites d’industries, débats publics et table ronde « La science au cœur du rêve africain » composent le programme. L’accès est gratuit sur inscription. Les présentations se tiennent en français avec traduction occasionnelle en anglais.
Comment y aller
Kintélé se situe à vingt kilomètres au nord de Brazzaville. Des bus universitaires et des taxis collectifs assurent la liaison depuis le centre-ville en une trentaine de minutes. Le campus offre un parking sécurisé, un restaurant universitaire et plusieurs kiosques vendant collations locales.
Impact & solutions
Les retombées attendues dépassent la sphère académique. Les notes de recherche seront transmises aux communes de Brazzaville pour orienter leurs plans déchets, tandis que des start-ups incubées sur le campus finaliseront des prototypes de broyeurs de plastique ou de pavés à base de géopolymères.
Pour le doyen Etou Ossibi, « l’ambition est de faire de la FSA un laboratoire d’idées directement transposables sur le terrain congolais ». Cette posture pragmatique séduit déjà plusieurs industriels qui, durant la semaine, ont signé des lettres d’intention pour cofinancer des essais pilotes.
Vers 2030, une feuille de route
Les organisateurs clôtureront l’évènement par une charte engageant étudiants, enseignants et partenaires privés à publier chaque année un rapport d’impact. Objectif : mesurer la réduction d’émissions et les emplois créés grâce aux innovations présentées, afin d’aligner la recherche congolaise sur l’Agenda 2030 du développement durable.





